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	<title>Le Blog de Jean-Michel Louka</title>
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	<description>VIVE LA PSYCHANALYSE !</description>
	<lastBuildDate>Sat, 24 Mar 2012 17:28:26 +0000</lastBuildDate>
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		<title>Nouvelle publication de J-M Louka: &#171;&#160;FEMININ PLURI-ELLE&#160;&#187;</title>
		<link>http://www.louka.eu/blog/?p=474</link>
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		<pubDate>Wed, 01 Feb 2012 18:39:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Michel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[Il s&#8217;agit d&#8217;un livre électronique édité et diffusé par Joseph Rouzel, et sa société d&#8217;édition PSYCHASOC  à Montpellier. Prière d&#8217;insérer de l&#8217;Editeur : &#171;&#160;Vient de paraître aux Editions Psychasoc l&#8217;ouvrage de J.M. LOUKA : Féminin pluri-elle. A commander en ligne &#8230; <a href="http://www.louka.eu/blog/?p=474">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Il s&#8217;agit d&#8217;un livre électronique édité et diffusé par Joseph Rouzel, et sa société d&#8217;édition PSYCHASOC  à Montpellier.</p>
<p style="text-align: justify;">Prière d&#8217;insérer de l&#8217;Editeur :</p>
<p style="text-align: justify;">&laquo;&nbsp;Vient de paraître aux Editions Psychasoc l&#8217;ouvrage de J.M. LOUKA :<br />
<em><span style="color: #808080;"><strong>Féminin pluri-elle</strong>. </span></em></p>
<p>A commander en ligne sur le site de Psychasoc : <a href="http://www.psychasoc.com/Livres-numeriques">http://www.psychasoc.com/Livresnumeriques</a></p>
<p>INTRODUCTION GENERALE</p>
<p style="text-align: justify;">C’est au Séminaire de Jacques Lacan, auquel j’assistais dans les années 1970, que m’est venue cette étrange idée de reprendre un jour, m’étais-je promis, cette phrase, à l’époque toujours un peu énigmatique, mais sur laquelle Lacan revenait sans cesse : « L/a femme n’existe pas », pour la déplier et ainsi mieux la comprendre, mieux la saisir, mieux me l’expliquer avant d’essayer d’en transmettre quelque chose à de plus jeunes générations au fil de mon propre séminaire public !</p>
<p style="text-align: justify;">Après la mort de Lacan, en 1981, je m’aperçois que j’ai mis neuf ans &#8211; un temps de gestation nécessaire voué à l’étude -, avant d’ouvrir mon propre séminaire public, à Paris. J’ai tenu régulièrement celui-ci durant vingt ans, de 1990 à 2010,&#8230; pour m’apercevoir rétrospectivement, que de ce « L/a femme n’existe pas », j’en traitais tout au long dudit séminaire public, par le biais de ma recherche sur le féminin, à de nombreuses reprises, mais comme « en passant ». Jusqu’au jour où, armé sans doute un peu mieux de mon savoir sur le corpus lacanien, étudié depuis près de quarante ans, et après trente-cinq ans de pratique de l’analyse, je me permets, aujourd’hui, de rassembler mes notes de séminaires pour en faire un texte, un livre, voire un e-book, modernité oblige !</p>
<p style="text-align: justify;">Dans quel but ? Dans le seul but que j’aurais reçu, essentiellement, d’un Sigmund Freud, que je n’ai pu connaître, étant né six ans après sa mort, mais que j’ai entièrement lu et relu toujours avec assiduité, et d’un Jacques Lacan que j’ai connu et à l’enseignement duquel j’ai pu assister avec passion, trouvant dans ce chercheur clinicien et théoricien infatigable les pistes incroyables sans lesquelles, aujourd’hui encore, la psychanalyse ne saurait se renouveler, et si même elle en faisait l’économie, elle ne ferait que courir le risque inévitable de se dégrader et de disparaître sous les coups de boutoirs de ses détracteurs les plus féroces, autant que les plus incultes.</p>
<p style="text-align: justify;">Le texte de cet ouvrage se compose de treize chapitres, comme autant d’approches par différentes voies de la question du « féminin ». Question que je traite, comme depuis l’origine de mon entrée en psychanalyse, « &#8230;pas sans Lacan »</p>
<p style="text-align: justify;">Jean-­Michel LOUKA pratique la psychanalyse, à Paris, depuis trente-­cinq ans. Sa passion de la recherche et son désir de transmettre la psychanalyse l’ont conduit au cours des vingt années de son séminaire public à déplier la question qui l’anime sur le féminin. Dans cet ouvrage, treize chapitres se lisent avec grand intérêt comme autant d’approches par différentes voies de cette question.</p>
<p style="text-align: justify;">Il a publié récemment <em><strong>De la notion au concept de transfert de Freud à Lacan</strong></em>, éds. L’Harmattan, 2008 et <em><strong>&#8230; pas sans Lacan</strong></em>. <em><strong>Dix questions de clinique psychanalytique</strong></em>, éds. Lambert-­Lucas, 2011.&nbsp;&raquo;</p>
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		<title>Les violences faites aux femmes</title>
		<link>http://www.louka.eu/blog/?p=443</link>
		<comments>http://www.louka.eu/blog/?p=443#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 25 Nov 2011 14:06:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Michel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[LES VIOLENCES FAITES AUX FEMMES place et fonction d’un psychanalyste « Au milieu du chemin de notre vie je me retrouvai par une forêt obscure car la voie droite était perdue. » Premier vers de L’Enfer, de la Divine Comédie de Dante &#8230; <a href="http://www.louka.eu/blog/?p=443">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>LES VIOLENCES FAITES AUX FEMMES<br />
</strong><strong>place et fonction d’un psychanalyste</strong></p>
<p><em>« Au milieu du chemin de notre vie </em><em>je me retrouvai par une forêt obscure </em><em>car la voie droite était perdue. »<br />
</em>Premier vers de L’Enfer, de la Divine Comédie de Dante<br />
Trad. Jaqueline Risset. Illustré par Sandro Botticelli.<br />
La petite collection, Diane de Selliers Editeur, 2008.</p>
<p style="text-align: justify;">La <em>forêt obscure</em>, c’est, pour Dante, <em>les vices et </em><em>l’erreur</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, pourrai-je dire, d’entrée de jeu, que toute femme qui a subi des violences a été, dans le même temps, entraînée malgré elle dans <em>la forêt obscure</em>. Sauf, que seule, désarmée, elle ne s’en sort plus ! Sa <em>voie droite</em> s’est perdue…</p>
<p style="text-align: justify;">Je le dis tout net : aucune raison ne s’oppose à ce qu’un psychanalyste accueille, écoute, entende et interprète ces violences faites à <em>une </em>femme (une femme, une par une) qui décide de s’adresser à lui.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais, de ces violences, qu’en espérer ? Plusieurs destins. De femmes. Dépression, alcoolisme, mort, prostitution, en sont quelques effet parmi bien d’autres… Folie, frigidité et horreur phobique du sexe, pathologies gynécologiques graves, dont divers cancers et cette maladie particulière qu’est l’endométriose, comme des maladies auto-immunes (lupus, maladie de Crohn, pathologies rhumatismales) désespoir, détresse insondable, suicide, anorexie, boulimie, obésité, scarification, bouffée délirante, en sont d’autres…<span id="more-443"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Il est traditionnellement plus aisé pour un homme de devenir un homme que de devenir une femme pour une femme. Je vais m’expliquer : c&#8217;est plus aisé pour un homme parce que l’homme s’appuie culturellement &#8211; il suffit des fois de montrer, de bander ses muscles, il suffit de faire un peu de sport, il suffit d’aller au bistrot, il suffit de supporter l’alcool, il suffit de ne pas trop pleurer, il suffit d’être un homme (&laquo;&nbsp;Soit un homme mon fils&nbsp;&raquo;), il suffit de correspondre à ces stéréotypes même si au fond c’est parfois un peu mou, ce n’est pas aussi dur qu’en surface &#8211; il suffit d’être dans l’adhésion aux valeurs de la virilité. L’adhésion suffit, ce n&#8217;est même pas la peine de le démontrer. Il suffisait d’accepter de faire son service militaire même si l’on pouvait y trembler de trouille ou d’ennui : &laquo;&nbsp;C&#8217;est un homme maintenant ! Il a fait son service militaire, il peut se marier.…&nbsp;&raquo;. Il suffisait d’avoir un travail, le travail faisait l’homme, le travail, le service militaire, le corps, pas pleurer, trancher, décider, etc. Pour la société, qu’un homme soit à peu près un homme, à peu près, ça suffit, pas besoin de trop fouiller, faut pas trop gratter.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour une femme, la question ne se pose pas de la même manière. Les modèles culturels viennent évidemment du fantasme masculin qui est toujours entre deux pôles, la mère et la putain, comme vous le savez, et l’idéal des deux à la fois en une, mais pas aux mêmes heures, pas au même moment, pas dans la même journée, mais les deux ! La putain sans la mère, ça ne va pas, il va chercher la mère ailleurs ; la mère sans la putain, ça ne va pas non plus, mais c’est plus courant. Alors une femme qui est face au fantasme masculin rencontre parfois — c’est chez Freud le cas de &laquo;&nbsp;la jeune homosexuelle&nbsp;&raquo; — qu&#8217;elle va au contraire pouvoir construire sa féminité en rencontrant une autre femme, et non pas en rencontrant le fantasme au masculin de la mère et la putain. Ça fait parfois des homosexuelles, ça fait surtout entre les deux, entre celle qui adhère directement au modèle phallique des hommes, et celle qui devient homosexuelle, ça fait tout le champ de l’hystérie.</p>
<p style="text-align: justify;">Il y a une façon hystérique de prendre le chemin de la féminité, et cette façon hystérique est très mal vue ; certes, on ne les brûle plus sous forme de sorcières comme au Moyen-Age, elles ont rencontré Freud au XIXème siècle, et aujourd’hui dans les hôpitaux généraux, je vois des chefs de clinique qui ont la trentaine et pour qui tout est à recommencer, car non seulement ils ne savent plus reconnaître un cas d’hystérie mais surtout, ils ne savent plus comment l’aborder, comment aborder une femme qui relève de la structure hystérique. L’hystérie n’est pas une pathologie, une maladie, c’est une structure psychique.</p>
<p style="text-align: justify;">Le trauma n&#8217;a pas la même définition ni portée chez un Freud et chez les psychiatres qui ont théorisés le Post-Traumatic Syndrom Disorder (ou PTSD), dans le même temps ou après lui. Freud fonde la thèse selon laquelle toute névrose est d’origine traumatique. Au début est le trauma, la rencontre traumatique. Même si, par la suite, c’est le fantasme qui va réélaborer les choses et émailler le souvenir. L’angoisse est cause du refoulement dans l’inconscient de la scène traumatique, à partir duquel le symptôme fait retour.<br />
Freud ne reviendra plus là-dessus, à partir de 1926, c’est-à-dire à partir de<br />
son texte « Inhibition, symptôme, angoisse » <a href="#_ftn1">[1]</a><br />
Par ailleurs, la notion originelle (1986) du psychanalyste Paul-Claude Racamier [1924-1996], de &laquo;&nbsp;perversion narcissique&nbsp;&raquo;, a eu pour objectif de cerner une clinique particulière, jamais de fonder une catégorie. Cet auteur n&#8217;a, à ma connaissance, jamais été jusqu&#8217;à parler et définir une catégorie nouvelle de sujets pathologiques. Créer de toute pièce une catégorie psychopathologique de &laquo;&nbsp;pervers narcissiques&nbsp;&raquo; n’était pas son but, à ce que je me souvienne, saut que n&#8217;ont pas  manqué de faire d&#8217;autres travaux d&#8217;auteurs postérieurs à Racamier. Il y a là, pour moi, un problème à discuter. Pour les psychanalystes (de toutes obédiences, donc la communauté psychanalytique), les notions et concepts de perversion et de pervers se suffisent, en soi. Dire &laquo;&nbsp;narcissique&nbsp;&raquo; n&#8217;ajoute en rien à ces termes, pour autant que tout &laquo;&nbsp;pervers&nbsp;&raquo; EST narcissique. L&#8217;inverse n&#8217;étant pas vrai, toute structure psychique &laquo;&nbsp;narcissique&nbsp;&raquo; n&#8217;est pas nécessairement directement perverse&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Eliane a quarante ans, en 1978. Je reprends mes notes de cette époque. C’est une belle femme, grande et mince, mais aux traits marqués par la vie autant que par l’alcool. Elle est née à Caen où elle a vécu son enfance. Célibataire au moment de la rencontre avec moi, son psychanalyste (été 1978), elle est la seconde d’une fratrie de six enfants. Un frère aîné, Pierre, « métis », est mort en se suicidant deux ans auparavant. Le frère qui la suit, Paul, le troisième enfant de la fratrie, est également mort, par ensevelissement pendant un bombardement à Caen, à la fin de la Guerre. Le quatrième enfant, une sœur, Sylvie, est mariée et mère d’un enfant. Enfin viennent deux autres sœurs, Caroline et Annick, dont elle dit que pour elles elle a joué le rôle de mère. Aujourd’hui celles-ci sont mariées, mais les ménages sont malheureux et traversés par l’alcoolisme.</p>
<p style="text-align: justify;">Eliane se décrit comme ayant eu de très nombreuses « aventures » sexuelles et affectives, toujours dans un rôle passif avec des hommes pervers dont les exploits sadiques avaient son corps comme champ d’exercice. Elle raconte qu’elle a été violée à plusieurs reprises par « plusieurs Noirs » sous l’empire de la boisson. Elle explique ces viols en pensant les avoir toujours souhaités inconsciemment pour « être comme sa mère » ; elle fait référence ici à son frère Pierre, l’enfant « métis » de sa mère. Elle est en instance de séparation d’avec son ami actuel, « un éjaculateur précoce et un voyeur », après huit ans de vie commune et des projets d’ « installation ». Elle a toujours aimé son métier de « disquaire » (vendeuse de disques), abandonné du fait de son alcoolisme, qu’elle pense reprendre (elle le fera effectivement par la suite), mais cet alcoolisme lui a fait beaucoup de torts.<br />
Au moment de la rencontre, elle compte quatre mois de sobriété, après avoir fait « sept mois de psychothérapie plus une semaine de clinique psychiatrique » et croit qu’avec un médecin, le docteur S., elle aurait fait « trois mois de psychanalyse… »</p>
<p style="text-align: justify;">Pourquoi buvait-elle ? « Pour supporter la vie… Mon père buvait du « Ricard »… J’aurais <em>tout fait</em> pour lui… ma mère ne vivait son désir qu’à travers moi… Je n’aime pas beaucoup ma mère… C’est elle qui me poussait toujours dans les bras des hommes, à sa place… Elle vivait son désir par sa fille interposée… Moi je ne voulais pas, mais elle faisait tout pour ça… je sais que, comme mes frères et sœurs, à part Caroline, je n’ai jamais été désirée par mes parents… Ils nous l’ont dit… Je sais que <em>j’aurais </em><em>pu </em>mourir ensevelie <em>à la place de </em>mon frère (Paul), c’est mes parents qui me l’ont toujours répété quand j’étais jeune… ».</p>
<p style="text-align: justify;">Dans la famille d’Eliane, seules les quatre filles sont vivantes, mais les deux fils sont mort <em>violemment.</em> Eliane a servi de <em>mère </em>aux deux dernières, Caroline et Annick, qui sont devenues « alcooliques ». Eliane n’est pas morte violemment, « à la place de » son frère Paul, comme l’insistance des parents – en fait de la mère qui fait la loi (le père étant toujours « dans la boisson ») -, semble y pousser, mais elle a été <em>violée</em>, par « plusieurs Noirs » et elle pense que ces viols ont été par elle désirés pour répondre au désir de l’Autre ici incarné par la mère, comme <em>entremetteuse </em>de son impropre désir.</p>
<p style="text-align: justify;">Con-fondue avec sa mère, Eliane subira les pulsions sadiques de multiples si bien nommées par Lacan « père-versions » de sujets en proie à l’angoisse de castration. Les raisons conscientes que Eliane donne à entendre, interprétation psycho-logique de son destin sur le mode causal d’un « c’est parce que… que », ne tiendront pas longtemps. Dès lors fut-elle confrontée à l’énigmatique jouissance de la position masochique qu’était la sienne depuis tant d’années. A partir de cette rencontre la question phallique commença à pouvoir, dans ce bien réel (c’est-à-dire <em>impossible</em>) <strong><em>transfert</em></strong> qui mena de bout en bout la danse, se poser pour elle.<br />
Une, c’est-à-dire sa psychanalyse put débuter et, surtout, être menée à bien parce que « coupée », irréversiblement, de la « père-version » subie des hommes.</p>
<p style="text-align: justify;">La violence qu’a subie Eva a consisté, dans un premier temps, en une violence verbale, et tout d’abord des insultes. Son conjoint, qui  était capable d’insulter une personne en réunion, en public, sans état d’âme, s’est mis à le faire pour elle aussi, en privé, d’abord, puis en public.</p>
<p style="text-align: justify;">Eva subit progressivement l’isolement forcé, l’humiliation systématique, et son conjoint installa à son intention ce que l’on peut nommer une véritable terreur. De son côté, il argumenta tout ce qu’il pût pour établir son impunité et inverser la culpabilité que déjà, Eva ressentait de ce qui se passait. Tout cela se faisant très progressivement, insensiblement au début.</p>
<p style="text-align: justify;">Par la suite, les violences verbales s’exercèrent sur elle partout, à chaque instant, du jour et de la nuit. Comme pour d’autres femmes, Eva fût le plus souvent la victime de l’acharnement d’un homme à la détruire, que ce soit dans la rue, à la maison, au travail – elle avait connu son conjoint sur le lieu du travail -, au volant… Les brimades qu’elle subit auront été de nature sexiste, raciste  &#8211; Eva venait d’une autre culture -, à connotation vulgairement sexuelle le plus souvent. Attaquer l’image de son corps, ou faire la part belle aux stéréotypes sexistes, pour l’accabler, son conjoint ne reculait devant aucune sorte de violence. Les violences d’ordre morale, en fait symbolique, parce que de l’ordre du discours, anéantissaient Eva, bien autant, sinon plus, que les violences physiques et sexuelles, ces dernières la dégoûtaient plutôt. Elles détruisaient son image, non seulement vis-à-vis des autres, mais, surtout, vis-à-vis d’elle-même. Ces violences symboliques, ces violences du langage  sont d’autant plus dangereuses que, sous couvert d’humour, on en rit et on les banalise. Elles sont pourtant la porte ouverte au non respect et à la dégradation de l’être de langage que nous somme, par le langage lui-même. Elles se précipitent, bien entendu, très vite jusqu’à l’insulte et la violence verbale extrême, car ordurière. Elles sont aussi préparatoires à un nouveau cycle de violences physiques et génitales.</p>
<p style="text-align: justify;">Eva était venu me parler, car une amie pour laquelle j’avais beaucoup fait pour la sortir de l’horreur, lui avait recommandé mon adresse. Je disais alors à Eva que les coups, mais également les humiliations, les insultes répétées ou les menaces, sont des manifestations graves de violences qui aurait du l’alerter et face auxquelles elle aurait pu et du réagir .</p>
<p style="text-align: justify;">Eva n’en parla pas rapidement à une personne de confiance. Elle ne sût pas, en outre, s’adressez à une association spécialisée qui aurait pu l’aider.</p>
<p style="text-align: justify;">Eva m’expliquait que des habitudes s’étaient installées sans qu’elle ose réagir, et le sentiment du danger fit alors inéluctablement partie de son quotidien.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle me confia aussi que la présence de son compagnon lui faisait de plus en plus peur et qu’elle sursautait bientôt à son approche. Qu’elle craignait, également, de rentrer chez elle. Ils avaient eu ensemble trois enfants, mais maintenant elle finissait par craindre aussi pour la sécurité de ses enfants.</p>
<p style="text-align: justify;">Son compagnon l’isolait subrepticement de ses ami(e)s, de sa famille, de ses voisins et même de ses collègues. Elle me décrivit, par le menu, comment son conjoint avait fini par l’ignorer. Comment il la critiquait à tout propos, la dévalorisait en public ou en privé, sans distinction. Comment il ne tenait plus compte de son avis.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle me raconta comment l’attitude agressive de son compagnon lui donnait l’impression de ne plus avoir de contrôle sur sa propre vie ni, par ailleurs, sur celle de ses enfants. Elle finit par ne plus supporter que son compagnon s’adresse à elle uniquement par des ordres et des cris.</p>
<p style="text-align: justify;">Combien de fois Eva m’a témoigné de ses viols, ces actes de pénétration sexuelle, de toutes natures, commis sur sa personne, son corps de femme, par violence, contrainte, menace et surprise. Dès le moment où elle disait non à un rapport sexuel, il lui était immédiatement imposé sous la contrainte. C’est bine cela un viol, n’est-ce pas, me disait-elle…</p>
<p style="text-align: justify;">Mais Eva subissait aussi des agressions sexuelles de la part de son conjoint, soit, selon la loi française, des actes à caractère sexuel sans pénétration commis sur sa personne, par violence, contrainte, menace ou surprise.</p>
<p style="text-align: justify;">Au travail, Eva avait déjà subi un « harcèlement moral », mais aussi un « harcèlement sexuel » de la part de cet homme, son futur, néanmoins, compagnon, le père de ses trois enfants. Autant d’actes dont je lui expliquais qu’ils étaient clairement institués par la loi française comme délits et qui sont donc passibles de sanctions.</p>
<p style="text-align: justify;">Il lui devenait pénible, voire impossible pour elle de pousser la porte de son entreprise ou de son bureau. Elle appréhendait de se retrouver en présence de ses collègues et de ses supérieurs hiérarchiques, elle devenait petit à petit êtes victime, sans le savoir, de violences au travail. Les violences au travail peuvent se manifester de diverses façons. Apprenez à les reconnaître pour les combattre.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est ainsi que son supérieur hiérarchique, qui deviendra son conjoint, lui impose des missions dont les autres ne veulent pas mais qu’elle accepte par crainte d’être mise à l’écart ou licenciée, et cette situation se reproduire de manière systématique.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle avait manifesté à son supérieur hiérarchique, son futur conjoint -, son envie d’évoluer dans son travail. Il a refusé d’en parler dans le cadre professionnel et insisté pour aborder la question dans un cadre privé.  Il se permît alors des gestes déplacés. Il mit ses capacités en doute tout en se permettant des réflexions machistes et des allusions sexuelles. Il n’eut de cesse de la dénigrer ou de lui faire perdre confiance en elle. Il l’a « mise au placard » à partir du moment où elle refusa ses avances. Elle accepta alors qu’il devienne son compagnon, son conjoint. Ceci n’arrangea les choses au travail que durat une courte période, après laquelle tout recommença comme avant…</p>
<p style="text-align: justify;">Je lui expliquais que c’est un combat de tous les instants, toutes les femmes qui l’ont vécu le savent. Un combat qu’il est quasiment impossible de mener seule.</p>
<p style="text-align: justify;">Celles qui ont subi des violences avant vous ont souvent été sauvées grâce aux témoignages d’autres femmes victimes elles aussi. Ces témoignages ont été recueillis la plupart du temps par des associations d’aide aux victimes. Cette entraide reste l’un des moyens les plus efficaces pour lutter contre les violences faites aux femmes. Je lui expliquais encore qu’il importe également de sortir de l’isolement qui en résulte parfois. Vous pouvez vous confier à une personne de confiance, lui disais-je, ou à une association, un travailleur social, à un médecin qui peut établir un certificat médical pour constater votre état de victime. Car il est fortement conseillé aux victimes de violences de porter plainte. Et l’engagement de poursuites judiciaires est un moyen de retrouver sa dignité apparemment perdue.</p>
<p style="text-align: justify;">Rien n’y fit, cependant… Eva est morte le 23 janvier 2001, victime d’un dernier coup, fatal, de son conjoint, qui la fit tomber en arrière et se fracasser le crâne sur le coin du radiateur de leur chambre… ! Elle venait d’engager sa psychanalyse avec moi depuis trois mois.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’exemple prostitutionnel</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le cas de la prostitution est paradigmatique de certains des effets des violences faites aux femmes. La prostitution est très souvent consécutive aux abus sexuels, viols, incestes subis jadis par ces femmes en prostitution.</p>
<p style="text-align: justify;">Je vous parle ici à partir des dires de Brigitte, Marie, Corinne, Martine, Nadia, Alice, Bernadette, Bérénice, Aurélie, Olivia, Claudine et de quelques autres.</p>
<p style="text-align: justify;">Je suis un psychanalyste parisien, qui pratique la psychanalyse depuis trente-cinq ans et reçoit, parfois, à son cabinet, plus souvent que je ne le sache vraiment au départ, des personnes qui se prostituent à l’occasion, des prostitués aussi dont c’est l’activité économique principale, des femmes pour la très grande majorité des cas. Je vais vous dire ce que j’en entends.</p>
<p style="text-align: justify;">Il existe souvent, mais voilà, pas toujours, dans mon expérience, un traumatisme sexuel précoce chez la majorité des femmes prostituées. Ce traumatisme concerne ce que nous appelons « <strong><em>le féminin</em></strong> », pour le distinguer de <strong><em>« la féminité </em></strong>». La féminité est une construction qui fait appel à <strong><em>l’imaginaire</em></strong>, celui d’une époque, celui d’une culture, celui d’une mode, par exemple. Le féminin, c’est tout autre chose. C’est <strong><em>du réel</em></strong> ! Il y a donc quelque chose d’impossible à imaginer et à symboliser dans le féminin. Il peut concerner les deux sexes, bien que, majoritairement, il se rencontre, la plupart du temps, chez les femmes.</p>
<p style="text-align: justify;">Les enjeux inconscients dans la prostitution, pour celles qui se prostituent, font apparaître qu’elles n’ont pas été, enfants, symboliquement <strong><em>reconnues</em></strong>, précisément à l’endroit du féminin. Cela veut dire que ce sont des enfants de sexe féminin qui n’ont pas été reconnues comme étant le fruit d’un désir accepté, consenti et partagé par les deux partenaires du couple… Le désir, qui les a causées, est un désir qui a été mal assumé, mal accepté, qui a pu paraître une erreur, un accident, voire n’a pas été un désir du tout. Ce sont des enfants dont la présence a été en général ramenée à leur embarrassant corps de chair. Leur féminin s’en trouve comme <strong><em>dénié</em></strong>.</p>
<p style="text-align: justify;">Et, c’est à ce titre qu’elles vont en quelque sorte se trouver littéralement jetées dans l’existence, dans la mesure où n’ayant pas été symboliquement reconnues dans la dimension imaginaire de leur féminité, elles vont chercher à se faire reconnaître, je dirais… dans le réel. Mais de la plus mauvaise manière qui soit, <strong><em>en confondant imaginaire et réel</em></strong>.</p>
<p style="text-align: justify;">Elles cherchent alors à se faire reconnaître dans <strong><em>la réalité</em></strong> comme un <strong><em>objet de désir et un objet de jouissance phalliques</em></strong>. En se croyant « libres » de choisir cette curieuse existence. C’est, bien sûr, un leurre. Ce leurre du <strong><em>« libre arbitre »</em></strong>, certaines, néanmoins, le  revendiquent, justifiant, aujourd’hui, « leur » prostitution, le « plus vieux métier du monde », dit-on, comme un nouveau métier parce que voulu, décidé, assumé, méconnaissant par ce dire ce qu’il en est de <strong><em>l’inconscient</em></strong>.</p>
<p style="text-align: justify;">« J’ai toujours pensé trouver une solution dans la prostitution », dit Marie. « Ce qui est certain, c’est qu’en me prostituant, je choisis de me punir, d’abîmer mon corps », ajoute Madeleine. « Moi, il m’a fallu en passer par la drogue et l’alcool pour accepte « ça » ! ». « Ҫa, cette <strong><em>autodestruction</em></strong>. Je les vois bien, toutes ces femmes qui m’entourent, elles se souillent pas tous les orifices de leur corps, pour aboutir à quoi ? A éteindre, à épuiser cette <strong><em>revanche sur la vie</em></strong>, plus qu’à assouvir cette revanche sur les hommes qui, pour moi aussi, dit-elle, nous taraudent néanmoins toutes ! »</p>
<p style="text-align: justify;">Il n’y a <strong><em>pas de personnalité-type</em></strong>, mais chez toutes ces femmes existent une importante <strong><em>fragilité affective</em></strong> et une <strong><em>certaine immaturité</em></strong>. Ce sont des constantes frappantes. Bien évidemment, toutes ces femmes admettent que, dans le système prostitutionnel, l’on n’y entre pas par hasard.</p>
<p style="text-align: justify;">Brigitte me dit que chez toutes ses compagnes d’infortune, les traits dominants sont<br />
constamment : « <strong><em>l’angoisse d’abandon</em></strong>, le rejet, les frustrations affectives intenses et de douloureuses difficultés d’identification sexuelle ».</p>
<p style="text-align: justify;">« Suis-je une femme », dit Alice ? Qui ajoute : « Suis-je un homme ? Un androgyne ? Une travestie ? Un transsexuel ? » <strong><em>La brouille</em></strong> est aujourd’hui totale… Mais, au fond, « qu’est-ce qu’être une femme ?», ajoute Nadia. Nous y voyons là, dans une telle <strong><em>embrouille</em></strong> des <strong><em>sexes </em></strong>et des <strong><em>genres</em></strong>, dans une telle confusion, une preuve, à nos yeux, que ce qui n’a pas été reconnue, c’est ce que nous appelons    « <strong><em>le féminin </em></strong>». A quoi s’ajoute une carence quasi-complète de la fonction paternelle vis-à-vis des filles, face à des mères castratrices. Et des violences ; des violences de toutes sortes.</p>
<p style="text-align: justify;">Car les pères ont presque toujours des images d’hommes très faibles et les mères apparaissent alors comme dévorantes et très possessives ; les jeunes femmes, telle Hélène, se trouvent face à elles dans un rapport complexe où se mêle « <strong><em>la haine</em></strong> », dit-elle tout de suite, et, surtout, dramatiquement, <strong><em>une demande éperdue et insatiable d’amour</em></strong>. Il y a dans la prostitution, sorte d’exagération extrême de l’image de la femme sur son versant de la féminité, d’une <strong><em>féminité hurlante</em></strong>, une recherche d’identité, c’est-à-dire <strong><em>une quête du féminin</em></strong>. Les importants traumatismes de l’enfance, parmi lesquels le viol par le père ou son substitut en position d’autorité ont, la plupart du temps, en ce cas-là, tout brisé du devenir sexuel de la fille, comme m’en témoigne Olivia : « j’ai été violée chaque jour dès l’âge de 9 ans jusqu’à mes premières règles, à 13 ans ».</p>
<p style="text-align: justify;">« <strong><em>L’argent</em></strong>, dit Claudine, a pour moi une valeur symbolique qui est censée me permettre une <strong><em>revalorisation </em></strong>par rapport à des sentiments d’indignité et d’infériorité très forts que j’avais éprouvés avant l’entrée en prostitution ». « C’est également, pour moi et pour beaucoup d’autres femmes comme moi, le moyen de faire payer aux hommes un dommage », dit-elle. Elle croit, par cette pratique, acquérir le pouvoir, en fait <strong><em>le phallus imaginaire manquant</em></strong>. Cependant, cet espoir est, à la longue, profondément déçu.</p>
<p style="text-align: justify;">« <strong><em>La dépression</em></strong> et <strong><em>le besoin d’excitations</em></strong> sont massifs et quotidiens », ajoute Corinne. « Toutes ces raisons incitent les femmes comme nous à chercher une solution dans la prostitution, car c’est un milieu qui nous met aussi <strong><em>en danger</em></strong>… Et le danger, on connaît… ! ». Le danger est une source importante d’excitations, ces excitations entretiennent chez la femme prostituée une forme de <strong><em>jouissance morbide</em></strong>.</p>
<p style="text-align: justify;">A écouter longuement toutes ces femmes en prostitution, on peut repérer qu’il a existé une <strong><em>hostilité</em></strong> très importante, éprouvée dès la naissance, de la part de l’entourage familial ou social. Une forte concentration <strong><em>d’évènements physiques et psychiques </em></strong>a émaillé aussi l’histoire de leur corps, et <strong><em>la sexualité</em></strong> y a toujours été omniprésente.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Une effraction sexuelle</em></strong> est à l’œuvre (chez Corinne, Nadia, Brigitte, c’est flagrant). Il peut s’agir d’évènements réels comme des <strong><em>incestes</em></strong> (Aurélie), des <strong><em>abus sexuels </em></strong>(Corinne, Martine, Alice) ou de <strong><em>simples paroles</em></strong>, ou encore des <strong><em>comportements et attitudes</em></strong> <strong><em>méprisants</em></strong>, <strong><em>abaissants</em></strong>, relatifs à la sexualité par des personnes incarnant l’autorité (le père chez Sylvie et Martine, le frère aîné chez Alice, un oncle chez Nadia). Ces paroles et attitudes, souvent <strong><em>insultantes</em></strong>, agissent comme des messages, voire même des <strong><em>ordres</em></strong>, qui pourront pousser la petite fille, parfois beaucoup plus tard, vers la prostitution.</p>
<p style="text-align: justify;">On peut se demander si le <strong><em>comportement ostentatoire, provoquant</em></strong>, de la prostituée, est adressé à quelqu’un ? Toutes ces femmes répondent qu’elles en veulent tout particulièrement et bien souvent à <strong><em>la mère</em></strong>. C’est adressé à la mère,… mais <strong><em>sous le regard convoqué du père. </em></strong>Il y a un « regarde ce que tu as fait de ta fille ! » évident chez Alice, Nadia, Martine et Aurélie. Comme acte, cet acte sexuel tarifé, sans plaisir apparent, autorisé ou avoué – sauf sur le mode de la provocation -, est rendu possible, m’expliquent-elles en bonnes sociologues féministes, « parce qu’une société machiste, phallocentrique, en autorise, voire en prescrit la pratique ». Une telle pratique de la prostitution, cette société l’organise, en effet, en exploitation de la femme et fait écho à un type de fonctionnement familier, de longue date, présent et vécu chez ces sujets.</p>
<p style="text-align: justify;">En outre, l’angoisse d’abandon se lie à des <strong><em>comportements de dépendance</em></strong> : à l’alcool, aux drogues parfois les plus dures, au proxénète tout particuilèrement. La défaillance quasi générale de la fonction paternelle est récurrente et patente. Mais la femme prostituée veut, <em>nolens volens</em>, à chaque fois <strong><em>éprouver sa séduction</em></strong>. Elle engage alors un véritable effort de <strong><em>construction</em></strong> et, dans le même mouvement, ce qu’elle ne perçoit pas tout de suite, de <strong><em>destruction </em></strong>de la femme qu’elle est. Elle se situe constamment <strong><em>entre pulsion de vie et pulsion de mort</em></strong>, ce qui la ronge et, parfois, va même jusqu’à la tuer.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qu’il faut noter aussi, c’est qu’il y a toujours dans l’histoire des femmes prostituées <strong><em>quelque chose de sexuel </em></strong>mêlé à autre chose : Corinne, Martine, Alice, Aurélie,… témoignent toutes dans leur histoire de l’existence de la conjonction de facteurs psychoaffectifs et sociaux, mais aussi, chose étonnante, quasi-systématiquement, à un certain moment de leur histoire, d’une <strong><em>blessure sexuelle du corps</em></strong>. Corps malmené, écrasé, chair déchirée, os fracturés, plaies et cicatrices à des endroits du corps symboliquement sexuellement investis : sexe, seins, face intérieures des cuisses, ventre, fesses&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Alice me parle « du mauvais climat affectif qui a entouré mon enfance, particulièrement dans mon plus jeune âge, en plus des carences au niveau moral (au sens large) et éducatif ». Ce que me confirment Martine et Aurélie, les concernant elles-mêmes.</p>
<p style="text-align: justify;">A les écouter, je me dis que les femmes prostituées <strong><em>règlent des comptes avec le féminin, bien plus qu’avec le masculin</em></strong> et qu’elles tiennent, au fond, les hommes pour de simples moyens de cette fin.</p>
<p style="text-align: justify;">Nadia m’affirme, amère, « qu’une femme qui aurait été bien traitée dans sa sexualité ne deviendrait pas prostituée ».</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, la prostitution nous apparaît, paradoxalement, comme une façon de <strong><em>s’adapter, « comme on peut », aux traumatismes</em></strong> causés par les abus sexuels antérieurs. Et, être traitées en objets sexuels, ce n’est en somme, pour certaines, que continuer de faire ce qu’elles ont appris lors d’agressions sexuelles subies et  répétées.</p>
<p style="text-align: justify;">Car, me précise, à nouveau, si justement Alice, « l’agression sexuelle provoque une effraction de l’enveloppe corporelle mais aussi affective. Il y a à la fois un sentiment de honte, de culpabilité et de salissure. Comme ce sentiment perdure, il peut engendrer de la répétition – c’est le cas la plupart du temps -, ce qui fait que le corps va être sali en permanence, sans fin ».</p>
<p style="text-align: justify;">Dans certains cas, les prostituées vont avoir le souci et l’impression de faire payer les hommes. Certaines en sont même persuadées, elles n’en démordent pas. Mais, il faut le reconnaître, l’impression seulement, car c’est <strong><em>un leurre</em></strong> dans lequel elles sont prises. En réalité, <strong><em>elles se déstructurent en pensant se venger</em></strong>. Elles paient cher le fait d’avoir été victimes. Mais elles le redeviennent… La violence subie se reproduit, soit en conduite active <strong><em>d’auto-destruction</em></strong>, soit en état de <strong><em>dépendance</em></strong> et de <strong><em>passivité</em></strong>. Seul <strong><em>l’argent</em></strong>, comme dimension fantasmatique, économico-sociale, de la prostitution, « permet de se faire croire » dit Nadia, qu’elle ne subit pas. « C’est une illusion », reconnaîtra-t-elle plus tard.</p>
<p style="text-align: justify;">Violentée petite fille, Bernadette, découvre en elle, par l’analyse, ce que l’on peut appeler un « <strong><em>noyau traumatique »</em></strong> qui la ronge et la hante, mais dont elle voudrait se défaire. Paradoxalement, ce noyau traumatique exige en même temps qu’elle le nourrisse constamment de nouvelles blessures, à son corps défendant. Si elle cède à cette incitation récurrente venue en droite ligne des horreurs subies d’autrefois, elle peut être tentée, par vertige, par <strong><em>fascination </em></strong>aussi, de remonter sur la scène du malheur, laissant <strong><em>son corps aliéné </em></strong>aux mains d’un, soi-disant, « client », placé en position d’agresseur-violeur, l’argent convenu accréditant l’illusion d’une transaction commerciale. Elle remet alors <strong><em>en acte une scène originelle </em></strong>qu’elle ne parvient pas à symboliser ; elle se ré-expose, et répète, via l’autre l’agressant, les violences d’antan. Elle recompose, ré-agence les éléments du primitif crime dont elle fût la victime. Elle se soûle et se prolonge de malheur, parfois dans une <strong><em>jouissance obscure</em></strong>, dans son asservissement d’aujourd’hui.</p>
<p style="text-align: justify;">On sait que l’entrée dans la prostitution est la conséquence de facteurs multiples, d’un enchevêtrement de raisons, certes personnelles, mais aussi &#8211; il est essentiel de le rappeler &#8211; sociales et économiques, tant la prostitution est non seulement tolérée mais organisée et encouragée par nos sociétés comme un mal nécessaire et, aujourd’hui, parfois, comme une profession comme les autres, comme les auto-proclamées « <strong><em>travailleuses du sexe</em> </strong>», mises en syndicat.</p>
<p style="text-align: justify;">L’un des piliers de cette exploitation vivace, reste, <em>nolens volens</em>, <strong><em>la détresse personnelle</em></strong>. L’acte prostitutionnel apparaît en effet comme un symptôme de souffrances profondes et une tentative, qui va s’avérer erronée, car en impasse, de recherche de <strong><em>solution</em></strong> face à ces souffrances.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai pu constater que la question des traumatismes affectifs et sexuels de l’enfance, les carences affectives et éducatives du père et de la mère sont remarquablement présents chez Nadia, Brigitte, Alice, Martine et Bernadette. Les plus jeunes des femmes qui se prostituent apparaissent, elles, surtout comme souffrant de <strong><em>frustrations graves</em></strong>, avec un grand besoin de <strong><em>sécurité</em></strong>, de <strong><em>valorisation</em></strong>, de <strong><em>plaisir </em></strong>aussi. Les dimensions de <strong><em>dépression chronique</em></strong> et d’<strong><em>auto-punition </em></strong>ne sont pas rares, conséquences directes des perturbations de l’affectivité.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme on l’a noté, les maltraitances sexuelles ne sont pas forcément <strong><em>des actes</em></strong>, mais elles peuvent être aussi <strong><em>des mots</em></strong>, <strong><em>des actes de parole</em></strong>, durs, méprisants, honteux ; par exemple, un verbiage <strong><em>insultant </em></strong>sur les premiers émois du corps. On retrouve chez Corinne, Marie et Nadia, des attitudes de l’entourage qui ont dénié à l’enfant ou à l’adolescente qu’elles avaient une sexualité propre. Et les traumatismes à caractère sexuel viennent s’ajouter aux autres, mort des proches, accidents, ruptures violentes, abandons&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Il n’en reste pas moins, redisons-le, insistons, que la femme prostituée veut prouver, à tout prix, <strong><em>sa séduction </em></strong>en se faisant <em>girl=phallus</em>. Elle engage un véritable effort de représentation de la féminité, un effort de <strong><em>construction osée</em></strong>, mais aussi, en même temps, en creux, se dévoile l’envers de la médaille qui se traduit, concomitamment, par un effet de <strong><em>destruction inévitable du féminin de la femme qu’elle est</em></strong>, toujours oscillant entre pulsion de vie et pulsion de mort, qu’elle ne maîtrise aucunement, mais dont elle pâtit.</p>
<p style="text-align: justify;">Toute jeune fille, toute femme, doit désormais ne pas pouvoir ignorer qu’elle peut lutter et s’en sortir, à condition de ne pas rester muette, mais de dire, d’aller parler de ce qu’elle subit des « père-versions ». Parmi d’autres professionnels, c’est la place et la fonction d’un psychanalyste de l’accueillir dans sa souffrance psychique.</p>
<p style="text-align: center;">***</p>
<div style="text-align: justify;">
<hr size="1" />
<div>
<p><a href="#_ftnref1">[1]</a> Sigmund Freud, <em>Inhibition, symptôme et angoisse</em>,<br />
Paris, PUF, 1986, p.95.</p>
</div>
</div>
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		<title>Mon manifeste&#8230; &#171;&#160;Oui, j&#8217;ai fait une psychanalyse&#160;&#187;</title>
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		<pubDate>Sat, 08 Oct 2011 15:51:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Michel</dc:creator>
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		<description><![CDATA[«Oui, j’ai fait une psychanalyse». Je ne me savais pas nécessairement devenir psychanalyste, mais j’ai eu besoin de faire ma psychanalyse, parce que  j’avais des soucis, des impasses. Il se trouve que par ce moyen, je ne dirais pas que &#8230; <a href="http://www.louka.eu/blog/?p=437">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>«Oui, j’ai fait une psychanalyse».</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Je ne me savais pas nécessairement devenir psychanalyste, mais j’ai eu besoin de faire ma psychanalyse, parce que  j’avais des soucis, des impasses. Il se trouve que par ce moyen, je ne dirais pas que tous mes  problèmes se soient définitivement résolus, mais que j’ai pu progressivement percevoir le monde d’une autre façon.</p>
<p style="text-align: justify;">A tous les gens ouverts, intéressés par ce qu’on appelle communément « la vie », par les enfants, par les vieillards, par les fous, par tous les exclus – nous sommes dans une société qui exclut les étrangers, qui exclut les symptômes, qui exclut les vieux, qui exclut les femmes, et cela ne cesse pas, mais s’accentue chaque jour un peu plus –, acceptez de dire : « Oui, j’ai fait une analyse», acceptez d’avoir le courage de le révéler et de dire quelque chose comme: «  je me sentais exclu de la vie et, au fil de mon analyse, je suis revenu avec les autres ;  et j’ai envie de témoigner que j’ai pu revenir pour m’inscrire au sein de cette «communauté inavouable» ou dispersée que sont les psychanalysants » (comme l’appelle justement le psychanalyste Jacques Nassif).</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai le désir de m’ouvrir aux questions humaines fondamentales, et c’est la psychanalyse qui m’a donné cette envie de revenir vers les autres. De leur faire éprouver l’importance cruciale aujourd’hui qu’il y a à repenser. Repenser les problèmes humains, repenser l’amour, repenser le désir, repenser le couple, repenser la famille, repenser l’éducation, repenser la situation qu’on occupe dans les générations, repenser notre rapport à la technique qui nous hante et la science qui nous fascine et la religion qui nous capte…</p>
<p style="text-align: center;">***</p>
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		<title>De l&#8217;origine de GYNEPSY</title>
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		<pubDate>Sat, 10 Sep 2011 09:43:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Michel</dc:creator>
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		<description><![CDATA[GYNEPSY,&#8230;je l&#8217;ai créé en 2003. J&#8217;étais, depuis plusieurs années, le psychanalyste &#171;&#160;Attaché au service&#160;&#187; de Chirurgie gynécologique et sénologique de l&#8217;hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, lorsque son Chef de service partit à la retraite. Ne voyant pas une suite &#8230; <a href="http://www.louka.eu/blog/?p=415">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><span style="color: #333399;">GYNEPSY,&#8230;je l&#8217;ai créé en 2003.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #333399;">J&#8217;étais, depuis plusieurs années, le psychanalyste &laquo;&nbsp;Attaché au service&nbsp;&raquo; de Chirurgie </span><span style="color: #333399;">gynécologique et sénologique de l&#8217;hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, lorsque son Chef de service partit à la retraite. Ne voyant pas une suite possible à mon travail avec le nouveau Chef de service, je me suis également retiré.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #333399;">J&#8217;avais assisté à beaucoup de choses concernant les femmes, cancers du sein, cancers du col et du corps de l&#8217;utérus, chirurgie mutilante, reconstruction mammaire par la chirurgie réparatrice et esthétique, IVG de toutes jeunes filles perdues dans leur malheur&#8230; Je m&#8217;étais alors promis de, comme l&#8217;on dit, &laquo;&nbsp;faire quelque chose&nbsp;&raquo; pour toutes ces femmes, jeunes ou moins jeunes, malmenées par </span><span style="color: #333399;">la </span><span style="color: #333399;">vie, la maladie, la violence des traitements, la violence morale aussi, ou </span><span style="color: #333399;">psychologique, dans l&#8217;annonce, parfois sans ménagements, des diagnostics </span><span style="color: #333399;">graves. </span><span style="color: #333399;"> </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #333399;">Libéré de toute obligation de réserve, j&#8217;ai alors fondé &laquo;&nbsp;GYNEPSY&nbsp;&raquo; dans ce but: </span><em><strong><span style="color: #333399;">accueillir, écouter et orienter toute femme en souffrance psychique.</span></strong></em></p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
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		<title>GYNEPSY pour &#171;&#160;une&#160;&#187; femme, puis une femme, puis une femme&#8230;</title>
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		<pubDate>Sat, 10 Sep 2011 08:52:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Michel</dc:creator>
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		<description><![CDATA[GYNEPSY pour &#171;&#160;une&#160;&#187; femme http://www.gynepsy.sitew.com Gynépsy, c&#8217;est avant tout une idée. Une idée forte et innovante, originale, qui consiste, en réseau, à faire collaborer quelques médecins avec quelques psychanalystes afin d&#8217;accueillir, écouter, entendre et orienter, si nécesaire, toute femme en souffrance &#8230; <a href="http://www.louka.eu/blog/?p=403">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h1 style="text-align: center;"><a href="http://www.louka.eu/blog/wp-content/uploads/Logo-Gynepsy.bmp"><img class="aligncenter size-full wp-image-404" title="Logo Gynepsy" src="http://www.louka.eu/blog/wp-content/uploads/Logo-Gynepsy.bmp" alt="Gynépsy pour &quot;un&quot; femme" width="257" height="159" /></a><span style="color: #0000ff;">GYNEPSY pour &laquo;&nbsp;une&nbsp;&raquo; femme<br />
<a href="http://www.gynepsy.sitew.com">http://www.gynepsy.sitew.com</a></span></h1>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #0000ff;">Gynépsy, c&#8217;est avant tout une idée. Une idée forte et innovante, originale, qui consiste, en réseau, à faire collaborer quelques médecins avec quelques psychanalystes afin d&#8217;accueillir, écouter, entendre et orienter, si nécesaire, toute femme en souffrance psychique&#8230;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #0000ff;">GYNEPSY, association loi 1901, peut être contacté directement au <strong>01 42 16 85 83 </strong>ou  <strong>06 81 25 48 56</strong>, ou encore par e-mail <strong><a href="mailto:gynepsylouka@gmail.com">gynepsylouka@gmail.com</a></strong>. Siège social et courrier postal : <strong>74, rue Dunois 75013 PARIS</strong>.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #0000ff;">C&#8217;est moi, Jean-Michel LOUKA, psychanalyste, qui accueille la personne au téléphone en première intention. Il est également possible de prendre rendez-vous pour un entretien au siège de GYNEPSY. Cet acte est non-payant. Aucun honoraire n&#8217;est demandé. La personne est acueillie, attentivement écoutée et orientée si nécessaire, et si elle le souhaite, à son &laquo;&nbsp;bon entendeur&nbsp;&raquo;, médecin, professionnel de santé, services hospitaliers publics ou/et psychanalyste qui traitent, avec elle de sa question, de ses symptômes, d&#8217;une manière appropriée.<br />
</span></p>
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		<title>Sortir de l&#8217;humeur saturnienne</title>
		<link>http://www.louka.eu/blog/?p=398</link>
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		<pubDate>Thu, 11 Aug 2011 07:35:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Michel</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Vous souhaitez sortir de l&#8217;humeur saturnienne qui vous affecte ? Vous êtes triste, las(se), abattu(e), découragé(e), désespéré(e), affligé(e), sombre, morose, morne, accablé(e), chagrin(e), mélancolique, éploré(e), maussade, cafardeux(se),&#8230; venez lire mon dernier livre, il vient de paraître ! &#171;&#160;&#8230; pas sans &#8230; <a href="http://www.louka.eu/blog/?p=398">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">Vous souhaitez sortir de l&#8217;humeur saturnienne qui vous affecte ? Vous êtes triste, las(se), abattu(e), découragé(e), désespéré(e), affligé(e), sombre, morose, morne, accablé(e), chagrin(e), mélancolique, éploré(e), maussade, cafardeux(se),&#8230; venez lire mon dernier livre, il vient de paraître !</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;"><strong><em>&laquo;&nbsp;&#8230; pas sans Lacan, Dix questions de clinique psychanalytique&nbsp;&raquo; </em></strong>est son titre, 110 pages (seulement), aux Editions Lambert-Lucas (de Limoges), 10€.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;"> En écrivant ce court ouvrage, mon intention était de permettre à un assez large public un peu cultivé de saisir les enjeux théoriques et pratiques de la psychanalyse d’aujourd’hui, à travers le témoignage d’un praticien de la psychanalyse qui a vécu trente-cinq ans de l’histoire contemporaine de la psychanalyse française, observée de Paris, a traversé plusieurs institutions et rencontré plusieurs milliers de patients et analysants, aussi bien dans son cabinet privé, qu’à l’hôpital public.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">Ce témoignage vise à servir une certaine forme de transmission de la psychanalyse au moyen de dix courts chapitres de clinique psychanalytique. Ecrit pour des lecteurs qui souhaitent que cette longue aventure de la psychanalyse contre la barbarie et pour les Lumières, qui perdure depuis plus d’un siècle aujourd’hui, ne reste pas lettre morte. Car il faut quand même savoir &#8211; ce qui court à travers tout le texte – que la psychanalyse est mortelle et pourrait bien disparaître sans que beaucoup s’en aperçoivent, mais avec en plus quelques-uns qui obscurément s’en réjouiraient.</span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="color: #000080;"> ***</span></p>
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		<title>Le psychanalysant et son psychanalyste</title>
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		<pubDate>Wed, 03 Aug 2011 12:07:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Michel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[Du féminin dans l’imaginaire et dans le réel : l’analysant et son psychanalyste (Questions psychanalytiques adressées à Socrate) Nous allons parler du psychanalyste, mais pas sans son psychanalysant. Du psychanalyste et du psychanalysant dans leur rapport au féminin. Nous le ferons, &#8230; <a href="http://www.louka.eu/blog/?p=360">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;"><strong><em>Du féminin dans l’imaginaire et dans le réel :<br />
</em></strong><strong><em>l’analysant</em> <em>et son psychanalyste<br />
</em></strong><strong><em>(Questions psychanalytiques adressées à Socrate)</em></strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">Nous allons parler du psychanalyste, mais pas sans son psychanalysant. Du psychanalyste et du psychanalysant dans leur rapport au féminin. Nous le ferons, essentiellement, à partir du séminaire <em>Le transfert</em>, de 1960-1961, et de l’étude remarquable que Lacan fait du dialogue platonicien, <em>Le Banquet</em>, de la fin même dudit <em>Banquet</em>, là où il s’agit des rapports qu’entretiennent à cet instant Alcibiade et Socrate.<span id="more-360"></span></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">Lacan, on le sait, fait de Socrate, comme il l’énonce, le « précurseur de l’analyste ». Le précurseur, seulement, si l’on peut dire ainsi, le précurseur, car cela veut dire qu’il l’anticipe, mais il ne l’est pas. Ou pas tout à fait. Lacan hésite, mais finalement n’est pas convaincu que Socrate soit complètement un analyste. Ce qui le fait ainsi hésiter, c’est la réponse finale que Socrate fait à Alcibiade, refusant son amour et lui indiquant Agathon comme étant celui à qui, réellement, finalement, s’adresse « son » désir. Le « son désir » est-il ici un génitif objectif ou un génitif subjectif ? Eh bien, je dirais qu’ici, il s’agit de son désir à lui Alcibiade, mais de son désir à lui aussi Socrate. C’est même « leur » désir à tous ces hommes, tous ces <em>gays </em></span><span style="color: #000080;">réunis là ce soir-là pour <em>Le Banquet</em>.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">Selon Lacan, lui-même, le véritable héros du <em>Banquet</em>, n’est pas Socrate, mais </span><span style="color: #000080;">bien Alcibiade. Pourquoi ? Parce qu’Alcibiade c’est « l’homme du désir », « parce qu’il est Alcibiade, celui dont les désirs ne connaissent pas de limites, ce champ préférentiel dans lequel il s’engage qui est à proprement parler pour lui le champ de l’amour est quelque chose où il démontre ce que j’appellerai un cas très remarquable d’absence de la crainte de castration – autrement dit le manque total de cette fameuse <em>Ablehnungvder Weiblichkeit</em>.&nbsp;&raquo;</span><a href="#_ftn1"><span style="color: #000080;">[1]</span></a></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;"><em>Ablehnung der Weiblichkeit</em>, cela pourrait se traduire par <em>récusation de la féminité</em>, </span><span style="color: #000080;">voire même, ce que je propose ici, compte tenu du contexte, <strong><em>récusation du féminin.</em></strong> Et voici donc émerger un premier point d’identification du psychanalyste, non pas à Socrate, mais véritablement à Alcibiade. Alcibiade ne craint pas la castration imaginaire, il est déjà dans la castration symbolique, ainsi il ne renonce pas à parler. Alcibiade est ici dans <strong><em>la position du féminin</em></strong> qu’il incarne.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">Que lui dit, lui répond, <em>in fine</em>, Socrate ? Comment Socrate répond-il aux avances </span><span style="color: #000080;">d’Alcibiade ? Lacan commente le passage ainsi : « <em>Mais ! </em>dit Socrate – et là il convient de prendre les choses comme elles sont dites – <em>détrompe-toi, examine les choses avec plus de soin de façon à ne pas te tromper, ce je n’étant – à proprement parler – rien. »<a href="#_ftn2"><strong>[2]</strong></a></em></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">On peut, dans un premier temps au moins, tout à fait donner raison à Socrate, Socrate en position d’analyste, lorsqu’il refuse à Alcibiade le signe que, comme le dit Lacan, sa « convoitise » attend. Mais là où Socrate n’est plus analyste, pour Lacan – et je dois le dire, pour nous-mêmes, c’est lorsque l’on pense, que l’on croit aussi, qu’Alcibiade est en train de se tromper  &#8211; comme le pense aussi, donc, Socrate lui-même -. Alcibiade, « l’homme du désir » ne se trompe pas. Et que donc, par conséquent, il n’y a pas lieu de l’en aviser, ce que fait pourtant Socrate qui chute, à cet instant même, comme supposé analyste. Ne serait-ce pas Alcibiade qui est alors bien plus proche de la position de l’analyste que Socrate ne l’est lui-même… ?</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">Laissons cette question faire son chemin. Et un chemin qui nous intéresse au plus haut point, car Lacan ne dit-il pas, concernant le discours de celui-ci, qu’ « Alcibiade fait ici à Socrate une scène féminine. » Oui,…vous avez bien entendu, « féminine »</span><a href="#_ftn3"><span style="color: #000080;">[3]</span></a><span style="color: #000080;"> ! Le « féminin », comme le désir, se trouveraient au <strong><em>lieu</em></strong>, c’est-à-dire <strong><em>chez</em></strong>, Alcibiade, et non pas chez Socrate !</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">Lacan insiste : « Alcibiade ne dit pas : « C’est à titre de mon bien ou de mon mal que je veux ceci qui n’est comparable à rien et qui est en toi <em>agalma</em> », mais : « Je le veux parce que je le veux, que ce soit mon bien ou que ce soit mon mal » &#8211; c’est justement en cela qu’Alcibiade révèle la fonction centrale de l’objet dans l’articulation du rapport de l’amour, et c’est justement en cela aussi que Socrate se refuse à lui répondre sur ce plan-là lui-même. »</span><a href="#_ftn4"><span style="color: #000080;">[4]</span></a></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">« Je le veux », ou plutôt « <strong><em>je la veux,…parce que je la veux</em></strong> », n’est-ce pas ainsi que s’exprime, en somme, Sidonie Csillag, la <em>Jeune homosexuelle </em>du cas de Freud à propos de la baronne Léonie von Putkamer ? Expression même du désir inconscient, qui, consciemment ne trouve pas à s’expliciter, sinon par des raisons qui virent très vite aux ratiocinations habituelles, cherchant ainsi à justifier ce qui se présente, précisément comme de l’injustifiable, parce que ressortissant d’un autre ordre…</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">Socrate ne sort pas de sa mission assignée par l’oracle de Delphes. Cette mission consiste en ceci qu’elle lui intime de tout faire pour renvoyer autrui à s’occuper de son âme. C’est ainsi que Socrate se retrouve toujours dans une position de <strong><em>pédagogue </em></strong>très actif, virulent même, pour interpeller autrui, et, ici, Alcibiade, sur le mode d’un « <strong><em>détrompe-toi</em></strong> » !</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">Lacan entend bien que Socrate souhaite orienter, mettre, Alcibiade, sur le chemin de son bien. Il va alors s’en démarquer ainsi : « Mais est-il même sûr que nous ne devions pas, sur ce « son bien », laisser quelque ambiguïté ? Car après tout, justement ce qui est mis en cause depuis quece dialogue de Platon a retenti, c’est l’identité de cet objet du désir avec « son bien ». Est-ce que « son bien », nous ne devons pas le traduire par le bien tel que Socrate en conçoit, en trace la voie pour  qui le suivent, lui qui apporte dans le monde un discours nouveau ? »</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">On voit là un Lacan qui, depuis le séminaire sur <em>L’éthique de la psychanalyse</em>, l’année précédente, 1959-1960, est dans un profond refus de tout ce qui pourrait faire de la psychanalyse une sorte de <strong><em>pastorale</em></strong>, même <strong><em>laïque</em></strong>.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">L’insistance de Socrate à vouloir, au fond, comment le dire autrement,…à vouloir leurrer Alcibiade, lui disant de se tourner vers Agathon, c’est-à-dire de prendre le bon chemin de la valeur grecque accordée à la beauté, de l’inciter ainsi à des identifications dites supérieures, fait qu’il se leurre lui-même, en tout cas comme </span><span style="color: #000080;">« analyste ». Rien n’arrête Alcibiade qui est bien, à cet instant, le seul « homme du désir », je dirais, « <strong><em>l’homme féminin du désir</em></strong> ». Car l’on voit clairement un Alcibiade y aller, comme on dit, sans avoir froid aux yeux. Y aller, y camper même dans cette position du féminin.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">Mais, en fait, ils se leurrent tous les deux. Socrate sait son propre vide – <strong><em>ouden ôn </em></strong></span><span style="color: #000080;">-, et c’est parce qu’il sait son vide qu’ « il est destiné à s’y tromper – dit Lacan -, à méconnaître la fonction de l’objet visé constitué par l’<em>agalma</em> ».</span><br />
<span style="color: #000080;">Même, aussi modeste soit-il, son savoir sur l’amour l’aveugle. Il faut bien se rendre compte que jusqu’à cet instant, le savoir de Socrate, son savoir sur l’amour, n’entrait pas dans le champ du savoir général. Amour et savoir étaient bien séparés. Là il y entre toutes voiles dehors.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">Ce savoir de Socrate sur l’amour, il est exclu de le faire savoir, mais surtout d’en tirer des conséquences interprétatives pour autrui. Quel est ce savoir ?</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">Alcibiade voit, c’est-à-dire invente en Socrate un silène qui a dans son ventre, qui est </span><span style="color: #000080;">détenteur des <em>agalmata</em>. Socrate, lui, est averti de son vide : il n’y a rien en lui, <em>ouden ôn</em> ! Cependant, il ne peut rejeter comme étant sans portée et surtout sans enseignement l’imputation d’Alcibiade : « si, si, il y a, pour moi, en toi, des <em>agalmata</em> ! », lui dit-il en substance. Socrate sait qu’il est vide de ce qu’Alcibiade voit, imagine en lui, ce silène, cette boîte rustique qui enfermerait des joyaux, qu’il a lui, Alcibiade entrevus, et auquel il l’identifie.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">Et son savoir, c’est précisément ce qui l’incite à se défausser. Il se sait non porteur des <em>agalmata</em>. L’est-il vraiment ? Pas tout à fait, remarquons-le, à partir du moment où il revendique déjà détenir un savoir sur l’amour, cela c’est du Socrate, et qui ne provient pas de l’illusion d’Alcibiade. Se sachant non porteur, donc, des <em>algamata</em>, il en déduit, à cet instant, face à Alcibiade, qu’il peut décider de le lui faire savoir. C’est une première erreur, et c’est là où il déchoit de sa supposée position d’analyste.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">Première erreur : faire savoir son savoir, enseigner, en quelque sorte, c’est-à-dire démontrer. Première erreur qui se redouble d’une seconde qui est, elle, temporelle : que ne laisse-t-il à Alcibiade le soin de se rendre compte par lui-même, à sa vitesse, de son propre vide… ?</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">Ce faisant Socrate montre qu’<strong><em>il s’insupporte du féminin</em></strong>, si on peut le dire comme cela. Il a, en face de lui, un Alcibiade positionné dans le féminin, incarnant cette position même, avons-nous dit,…et lui, Socrate, qui ne peut faire autrement que ce que font tous les hommes, ou presque, vis-à-vis des femmes qui leur demandent quelque chose, qui leur demandent par exemple d’être aimées, plus précisément d’être <strong><em>désiraimées</em></strong>,…parce qu’elles les aiment, eux, les hommes, et attendent en vain une réponse qui soit un tant soit peu à la hauteur de leur espérance, et qu’elles ne reçoivent, en retour, qu’une réponse de type socratique, c’est-à-dire du côté du savoir. Telle la réponse de Monsieur K. adressée à Dora : « Ma femme n’est rien pour moi ». Sous-entendu, « je sais et je vous dis, à vous une femme, mon savoir qu’elle n’est rien pour moi ». Vous connaissez la suite, immédiate, de cette assertion adressée à cette femme qu’est Dora : elle lui retourne une gifle magistrale, qu’il n’a sans doute, en goujat, point démérité, car il vient à travers cette insulte d’injurier toutes les femmes, dont Dora elle-même, bien sûr. Plus encore, il assassine aux yeux de Dora, ce <strong><em>féminin</em></strong> qui est précisément sa quête incessante autant qu’infructueuse en tant qu’hystérique.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">Introduire <strong><em>le féminin</em></strong> dans <strong><em>la question du transfert</em></strong> &#8211; ce à quoi, en somme, se résume ici notre apport -, devient une nécessité pour approcher ce qui se passe entre l’analysant et l’analyste. En cette année du séminaire sur <em>Le transfert</em>, Lacan en est à dire que ce séminaire pourrait répondre à la question de savoir comment un sujet en analyse va apprendre ce qui lui manque &#8211; soit l’objet <em>a <strong>-</strong></em>, en tant qu’aimant. Ce ne sera pas exactement le cas. Ce séminaire de 1960-1961 va, <em>nolens volens</em>, quand même un peu décevoir, mais faire quand même aussi avancer les choses. Il y a déjà cette quasi indistinction entre amour et désir qui, pour le moment, n’arrange rien pour l’avancée du travail. Néanmoins il faut faire, pour le moment, avec là où </span><span style="color: #000080;">Lacan se trouve en 1961 sur ce sujet de l’amour de transfert.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">Mais alors, me direz-vous, quel doit être l’analyste, le psychanalyste pour répondre au transfert, si l’on y introduit du féminin dans l’affaire, et…où ?</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">Vous l’aurez compris, l’ultime réponse de Socrate à Alcibiade : « va voir Agathon, car c’est lui, en vrai (comme disent les enfants), que tu désiraimes », c’est-à-dire « va à la beauté qui t’attend, car c’est elle qui est bonne pour ton âme »,…est une réponse qui, premièrement est une <strong><em>défausse de Socrate</em></strong>, deuxièmement <strong><em>un leurre</em></strong> destiné à Alcibiade qui permet en même temps que <strong><em>Socrate se leurre lui-même</em></strong>, et, enfin, troisièmement, ne peut-être, <strong><em>en aucun cas le modèle de la réponse du psychanalyste au psychanalysant.</em></strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">Néanmoins, avec l’introduction, cette année-là, de l’objet petit a comme <strong><em>agalma</em></strong>, </span><span style="color: #000080;">objet qui manque au sujet et qu’il voit et envie chez l’autre, &#8211; pour quoi ? pour être heureux ? pour être comblé ? pour être Un ? &#8211; qui n’est cependant pas encore l’objet <em>a</em>,<em> </em>réinventé, de janvier 1963, lequel deviendra un objet qui n’est plus un objet de désir vers lequel le sujet se dirige, mais un objet qui cause le désir – et avec l’invention de <strong><em>grand phi</em></strong>, du <strong><em>phallus symbolique, Ф</em></strong>, c’est-à-dire le signifiant manquant, se précisent et se déterminent quelques balises de l’amour de transfert.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">1) Il n’est pas contestable que, tel Alcibiade avec Socrate, le psychanalysant situe les <strong><em>agalmata</em></strong>, qui sont en jeu dans son analyse, chez son psychanalyste, dans <strong><em>le ventre </em></strong>de celui-ci. C’est bien sûr une métaphore. On peut préciser qu’il s’agit d’<strong><em>un savoir</em></strong>, <strong><em>symboliquement</em></strong> <strong><em>phallicisé</em></strong>, mais transmué en <em>agalmata. </em>Cela place le psychanalysant en position du féminin, c’est-à-dire ici, dans l’espoir d’obtenir, d’avoir, de recueillir, voire d’arracher ces <em>agalmata</em>. D’un féminin, donc, vous l’aurez noté, sur son versant, dans sa dimension <strong><em>imaginaire.</em></strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">2) Il n’est pas moins contestable que, tel Socrate avec Alcibiade, le psychanalyste est invité à ne livrer à l’analysant <strong><em>aucun signe de cette présence</em></strong> en lui des <strong><em>agalmata</em></strong> supposés. Mais non pas de lui dire son savoir de cette absence comme le fait Socrate. Cette <strong><em>abstention</em></strong> est un <strong><em>refus actif</em></strong>. Il peut se réaliser grâce au grand phi que Lacan vient d’introduire, le phallus symbolique, <strong>Ф</strong> et auquel l’analyste va se </span><span style="color: #000080;">laisser identifier.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">« qu’en quelque manière nous puissions pour un temps représenter non point l’objet comme on le croit […], non point l’objet que vise le désir mais le signifiant. </span><span style="color: #000080;">C’est à la fois bien moins mais aussi bien plus de penser qu’il faut que nous tenions cette place vide où est appelé ce signifiant qui ne peut être qu’à annuler tous les autres, ce Ф (grand phi) dont j’essaie, pour vous, de montrer la position, la condition centrale dans notre expérience. »</span><a href="#_ftn5"><span style="color: #000080;">[5]</span></a></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">Mais là où nous ne pouvons pas suivre l’acte de Socrate, c’est quand celui-ci, sorte, pour nous de leçon, également, mais négative en quelque façon, renvoie Alcibiade à </span><span style="color: #000080;">Agathon. Nous sommes, nous, analystes, priés de <strong><em>ne pas emprunter une telle voie.</em></strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">Pourquoi ? Parce que le mouvement de l’analyse fait de l’analyste un <strong><em>quelqu’un</em></strong> qui va déchoir. Un <strong><em>n’importe qui</em></strong>. Sa <strong><em>dé-chéance</em></strong>, est une déchéance de position. L’analyste est appelé à <strong><em>déchoir de grand A en petit a</em></strong>. Telle est sa nécessaire et logique destinée analytique.</span><br />
<span style="color: #000080;">Socrate, en renvoyant Alcibiade à Agathon se dispense, lui, d’avoir à déchoir, de laisser le temps qu’il faudrait à Alcibiade, pour enfin déchoir de là où celui-ci le place et dé-couvrir vraiment, réellement aussi, ce qui le tient, lui, Alcibiade, à Socrate. En ne lui laissant pas d’autre choix que de se tourner vers Agathon, Socrate ne lui offre pas d’autre avenir que de réitérer sa quête auprès de celui-ci, Agathon. Ainsi Alcibiade n’a aucune chance de savoir pourquoi c’est à Socrate qu’il demandait d’obtenir de lui cet amour… qu’on n’obtient pas ! Ce faisant, Socrate épargne à Alcibiade <strong><em>l’accès à ce point</em></strong> à partir duquel il aurait pu avoir affaire à« l’émergence de la réalité du désir comme tel », comme s’exprime Lacan.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">Enfin, si l’onécarte ce « court-circuit »</span><a href="#_ftn6"><span style="color: #000080;">[6]</span></a><span style="color: #000080;"> comme le nomme Lacan à propos de cet acte de Socrate, le renvoi à Agathon, c’est-à-dire <strong><em>un billet pour la répétition qu’on peut imaginer sans fin</em></strong>, l’analyse n’aurait-elle pas d’autre voie à proposer que la voie sadienne, pour permettre à l’analysant d’accéder à son désir, comme désir de l’Autre, celle d’éventrer cet Autre pour lui ravir ses prétendues <em>agalmata</em>, qui lui manqueraient tant, à lui, l’analysant, et dont il serait privé depuis si longtemps. Depuis toujours ?</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">Peut-être y a-t-il encore une autre voie que Lacan énonce tout de suite après : « […] il faut savoir remplir sa place en tant que le sujet doit pouvoir y repérer le signifiant manquant. Et donc par une antinomie, par un paradoxe qui est celui de notre fonction, c’est à la place même où nous sommes supposés savoir que nous sommes appelés à être et à n’être rien de plus, rien d’autre que la présence réelle et justement en tant qu’elle est inconsciente. Au dernier terme, je dis au dernier terme bien sûr, à l’horizon de ce qu’est notre fonction dans l’analyse, nous sommes là en tant que ça, ça justement qui se tait et qui se tait en ce qu’il manque à être. »</span><a href="#_ftn7"><span style="color: #000080;">[7]</span></a></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">Que cela veut-il dire ? Ceci : là où un analysant s’en remet à <strong><em>un savoir supposé</em></strong>, </span><span style="color: #000080;">chez lui, son analyste, l’analyste va répondre par <strong><em>son manque à être</em></strong>.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">Mais, on pourrait faire remarquer à cet endroit que l’analyste donnerait ainsi à </span><span style="color: #000080;">l’analysant ce qu’il n’a pas ? Ce qui serait exactement la même chose de dire qu’il aime l’analysant au sens où aimer serait donner ce que l’on n’a pas ?</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">Finement Lacan escamote sa réponse. Il est trop tôt, à cette époque du séminaire <em>Le transfert</em>, 1960-1961, pour répondre plus avant.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">Ce n’est pas d’un « centre d’amour » que part, comme il le remarque lui-même, le </span><span style="color: #000080;">message socratique. Socrate enseigne, « pédagogise » Alcibiade, s’occupe de son âme…Ce faisant, Socrate <strong><em>refuse l’échange</em></strong>. Il ne répond pas à la séduction désirante d’Alcibiade, il ne répond pas au féminin qui émane de celui-ci par un autre féminin, le sien. Il s’y refuse. Il n’y a pas échange. Socrate reste <strong><em>un donneur de leçons impavide</em></strong>. <strong><em>Impavide</em></strong>, il reste analyste, <strong><em>donneur de leçons</em></strong>, il sort de la position analytique.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">Socrate, portraituré en analyste, n’aurait-il pas pu retrouver et assumer en lui « son » <strong><em>féminin</em></strong>, sur un autre registre que celui sur lequel fait fond Alcibiade et que nous avons nommé plus haut <strong><em>imaginaire</em></strong> ?</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">Socrate aurait été analyste jusqu’au bout s’il s’était autorisé à considérer son action comme un <strong><em>don</em></strong>, &#8211; laissant Alcibiade rencontrer son <strong><em>féminin </em></strong>à lui, Socrate, mais un féminin dans le registre du <strong><em>réel</em></strong>, &#8211; l’<strong><em>ouden ôn</em></strong> dont il est question plus haut dans son propre discours -. En s’abstenant donc de le renvoyer à Agathon, en lui laissant « son » temps, pour son analysant d’Alcibiade, de <strong><em>mettre à nu son manque à être </em></strong>à lui, Socrate, à l’analyste Socrate, devenu ainsi « son » analyste.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">C’eût été un don sans retour <strong><em>du féminin, dans le réel,</em></strong> qui aurait répondu à une </span><span style="color: #000080;">insistance répétitive et séductrice <strong><em>du féminin, dans l’imaginaire</em></strong>. Pas un échange, mais un <strong><em>croisement</em></strong>. Comme on dit : « vous avez rencontré untel ? Non, je n’ai fait que le croiser ! » Le <strong><em>féminin</em></strong>, je dirai, ici, y trouve enfin, dans la rencontre analytique, comme une allure de <strong><em>croisière</em></strong>.</span></p>
<div>
<hr size="1" />
<p><a href="#_ftnref1"><span style="color: #000080;">[1]</span></a><span style="color: #000080;"> Jacques Lacan, <em>Le transfert… </em>[1960-1961], Livre </span><span style="color: #000080;">VIII, séance du 8 février 1961, Eds du Seuil, mars 1991 – juin 2001, p.192.<br />
</span><a href="#_ftnref2"><span style="color: #000080;">[2]</span></a><span style="color: #000080;"> <em>Idem, ibidem</em>, p189.<br />
</span><a href="#_ftnref3"><span style="color: #000080;">[3]</span></a><span style="color: #000080;"> <em>Ibid</em>., p.192.<br />
</span><a href="#_ftnref4"><span style="color: #000080;">[4]</span></a><span style="color: #000080;"> <em>Ibid</em>., p.191-192. Ici, version <em>Stécriture</em>.<br />
</span><a href="#_ftnref5"><span style="color: #000080;">[5]</span></a><span style="color: #000080;"> J.Lacan, <em>Le transfert…</em>, séance du 3 mai 1961.<br />
</span><a href="#_ftnref6"><span style="color: #000080;">[6]</span></a><span style="color: #000080;"> <em>Ibid.</em>, séance du 12 avril 1961.<br />
</span><a href="#_ftnref7"><span style="color: #000080;">[7]</span></a><span style="color: #000080;"><em> Ibid.</em>, séance du 3 mai 1961.</span></p>
</div>
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		<title>&#8230; PAS SANS LACAN</title>
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		<pubDate>Sat, 02 Jul 2011 16:56:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Michel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[Le 9 septembre prochain, cela fera trente ans que Jacques Lacan est mort. J&#8217;annonce la sortie de mon ouvrage intitulé &#171;&#160;&#8230; PAS SANS LACAN, Dix questions de clinique psychanalytique&#160;&#187;, à paraître aux éditions LAMBERT-LUCAS de Limoges, fin août, début septembre &#8230; <a href="http://www.louka.eu/blog/?p=353">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">Le 9 septembre prochain, cela fera trente ans que Jacques Lacan est mort.<br />
</span><span style="color: #000080;">J&#8217;annonce la sortie de mon ouvrage intitulé <em><strong>&laquo;&nbsp;&#8230; PAS SANS LACAN, Dix questions de clinique psychanalytique&nbsp;&raquo;</strong></em>, à paraître aux éditions LAMBERT-LUCAS de Limoges, fin août, début septembre 2011, 110 pages, 10€.</span><span style="color: #000080;"> </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">Au fil de mes trente-cinq années de pratique de ce qu’on appelle communément la clinique psychanalytique, depuis que Freud a inventé cette nouvelle discipline qui a pour nom « la psychanalyse », je me dois de constater que j’ai travaillé… <strong><em>pas sans Lacan</em></strong> (que l’on peut écrire aussi <strong><em>passant Lacan</em></strong>) &#8211; et que je travaille toujours, pour autant que ce que je fais puisse s’appeler un « travail », une <strong><em>praxis </em></strong>plutôt, oui,  - c’était d’ailleurs le mot de Jacques Lacan [1901-1981] pour cette étrange activité -, un « travail<em> »</em>, je ne sais vraiment<em> …</em></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">Les </span><em><span style="color: #000080;">dix questions de clinique psychanalytique</span></em> <span style="color: #000080;">que je livre, dans ce nouvel ouvrage, sous la forme de dix courts chapitres, auront-elles l’impact qu’elles eurent sur moi-même lors de toutes ces années d’un « psychanalyser »,… <em>pas sans</em> l’enseignement reçu d’un Jacques Lacan du temps de son vivant ? Elles contribueront en tout cas, et au mieux, à témoigner de ce qu’un psychanalyste, bouillonnant avec son psychanalysant dans le chaudron de <strong><em>l’amour de transfert</em></strong></span><a href="#_ftn1"><span style="color: #000080;">[1]</span></a><span style="color: #000080;">, est au service des pulsions de vie et non de la pulsion de mort, de la question du <strong><em>sujet</em></strong>, du <strong><em>désir</em>,</strong> de l’<strong><em>inconscient </em></strong>et du <strong><em>sexe</em></strong>. Ce qui s’appelle, mais qu’après-coup, avoir fait une/sa psychanalyse.</span></p>
<p style="text-align: justify;">
<hr size="1" />
<p><a href="#_ftnref1"><span style="color: #000080;">[1]</span></a><span style="color: #000080;"> Jean-Michel LOUKA, <em>De la notion au concept de transfert de Freud à Lacan</em>, L’Harmattan, collection « Psychanalyse et </span><span style="color: #000080;">civilisations », 2008,<em> </em>229 p. Voir mon site : </span><span style="color: #000080;"><a href="http://www.louka.eu">http://www.louka.eu</a></span></p>
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		<title>Du transfert, des femmes et de l&#8217;alcool (Conférence)</title>
		<link>http://www.louka.eu/blog/?p=341</link>
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		<pubDate>Tue, 28 Jun 2011 20:55:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Michel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[&#171;&#160;Du transfert, des femmes et de l&#8217;alcool&#160;&#187; par Jean-Michel LOUKA, psychanalyste, Paris Une conférence à Sainte-Anne, samedi 2 juillet prochain. Lacan nous disait que la psychanalyse avait inventé autre chose, à propos de ce que l’on fait habituellement des pulsions &#8230; <a href="http://www.louka.eu/blog/?p=341">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div>
<p><span style="color: #000080;"><em><strong>&laquo;&nbsp;Du transfert, des femmes et de l&#8217;alcool&nbsp;&raquo;<br />
</strong></em><strong>par Jean-Michel LOUKA, psychanalyste, Paris</strong><strong><br />
</strong><em>Une conférence à Sainte-Anne, samedi 2 juillet prochain.</em></span></p>
<p><span style="color: #000080;"><em>Lacan nous disait que la psychanalyse avait inventé autre chose, à propos<br />
de ce que l’on fait habituellement des pulsions vis-à-vis de son prochain dans<br />
le monde humain : « baiser l’autre, bouffer l’autre, tuer l’autre ! » C’est<br />
comme cela qu’il s’exprimait.<br />
</em></span><br />
<span style="color: #000080;"><em>On verra, ce samedi matin 2 juillet prochain, si j&#8217;ai su ou pu en dire, voire en faire autre chose, et du transfert et des femmes buveuses et de l &#8216;alcool d&#8217;ycelles&#8230;</em></span></p>
<p><span style="color: #000080;"><strong>Séminaire <em>&laquo;&nbsp;Psychothérapies, Psychanalyse et</em><br />
<em> Addictions&nbsp;&raquo;</em> du Dr. Claude ORSEL<br />
Séance du Samedi 2 Juillet 2011 à 9h30<br />
Au Centre Hospitalier Ste Anne, 1 Rue Cabanis,75014<br />
Pavillon Pierre Janet<br />
</strong><strong>Salle de réunion du Service du Dr Xavier Laqueille<br />
(Addictologie).</strong></span></p>
<p><em><span style="text-decoration: underline;"><strong>N.B. : Voir le texte de la conférence sur le site.</strong></span></em></p>
</div>
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		<title>L&#8217;a-réelisation du transfert</title>
		<link>http://www.louka.eu/blog/?p=314</link>
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		<pubDate>Thu, 02 Jun 2011 18:51:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Michel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[L’a- réelisation du transfert En énonçant : « Il n’y a pas de rapport sexuel », Lacan vise l’existence, dans le sexuel, d’un insatisfaction structurale. Celle-ci est un trou, à ne se limiter que d’un jouissance de bords. En conséquence de quoi, la &#8230; <a href="http://www.louka.eu/blog/?p=314">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span style="color: #000080;"><strong><em>L’a- </em></strong><strong>réelisation<em> du transfert</em></strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">En énonçant : « Il n’y a pas de rapport sexuel », Lacan vise l’existence, dans le sexuel, d’un insatisfaction structurale. Celle-ci est un trou, à ne se limiter que d’un jouissance de bords. En conséquence de quoi, la sexualité ne peut être que « trou-matique ». Il y a, en effet, un trou au niveau de ce qui ferait rapport sexuel. Quelque chose cloche en rapport avec le sexuel. Le symptôme en est le signe. Et le « sinthome » précise qu’il s’agit de l’impossible d’établir un rapport sexuel entre l’homme et la femme. Le sinthome, c’est alors ce qui vient dire le réel du symptôme.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">Le réel, c’est donc bien l’impossible savoir du rapport sexuel. Or, l’histoire de la </span><span style="color: #000080;">théorisation de la question du transfert fait apparaître trois dimensions audit transfert : 1) le transfert en tant qu’imaginaire (celui de Freud : transfert d’une <em>imago</em> vers une autre ; la répétition dans la réédition en somme) ; 2) le transfert en tant que symbolique (celui du Lacan du primat du symbolique des années 1950 : parler c’est faire exister le grand Autre ; et le sujet supposé savoir à partir de 1967, figure privilégiée du grand Autre) ; enfin, 3) le transfert en tant que réel (celui du Lacan du « il n’y a pas de rapport sexuel »).</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">Au terme d’une analyse, le sujet supposé savoir est rencontré par l’analysant quand l’analyste… le devient, c’est-à-dire au moment où le sujet supposé savoir est « éliminé », où il « chute ». L’analyste, alors, aura été le sujet supposé savoir, quand sa fonction se réduit à celle de l’objet petit <em>a</em>, ce déchet, ce résidu du savoir. Se répartissent alors les deux termes du fantasme : <em>S</em> <em>barré</em> côté analysant, <em>petit a</em> côté analyste.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">Cependant, l’analys<span style="text-decoration: underline;">é</span> ne devient pas « tout-sujet ». Il est divisé, <em>S barré</em>, il est « pas-tout ». Mais il n’est <em>pas-sans</em> cet objet <em>a</em>, rejeté à la place préparée par la <em>présence</em> du psychanalyste, afin qu’il se situe dans cette relation de cause de sa division de sujet. Ainsi, toute la vérité du symptôme n’est pas devenue savoir. Il y a un reste qui s’appelle l’objet petit <em>a</em>. Car le savoir obtenu, arraché au réel (<strong>R</strong>), est une « <em>réalisation signifiante (</em><strong>S</strong><em>) </em><em>accointée</em> <em>à</em> <em>une</em> <em>révélation du fantasme (</em><strong>I</strong><em>) » </em>(20 mai 1968).</span></p>
<p><span style="color: #000080;">Soit, très précisément : <strong>R, S, I.</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000080;">C’est le nouage <strong>RSI</strong> du transfert, l’hérésie du nœud du transfert, qui nous semble <em>in fine</em>, à l’expérience, ne pas être suffisamment <span style="text-decoration: underline;"><strong><em>réelisé </em></strong></span>dans le non-aboutissement de certaines cures, ou <em>cursus</em>, que l’on peut observer aujourd’hui. La dimension réelle du transfert, insuffisamment prise en compte, c’est alors ce qui, selon l’adage lacanien, forclose du symbolique de la cure par la parole, réapparaît dans le réel institutionnel de la vie des groupes analytiques… La jouissance, notable, en est le signe pathognomonique. Ah !, jouissance, quand tu nous tient… ! La jouissance, pas le désir, malheureusement : retour à la case départ.</span></p>
<p><span style="color: #000080;">Lacan disait que les analystes n’avaient même pas été foutu d’inventer une nouvelle perversion. Après tout, il n’est rien de moins sûr… !</span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="color: #000080;">***</span></p>
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