Savoir et transmission

1.    Je ne sais vraiment plus, avec tout ce qui nous arrive et nous revient aujourd’hui si les psychanalystes ne se sont par fourvoyés en voulant culturellement, «scientifiquement » (avec leurs savoir clinique et théorique accumulés durant plus d’un siècle), « occuper » ces lieux publics étatisés que sont les tribunaux, les hôpitaux et les universités,  pour y faire de l’ «entrisme » afin d’y faire entendre une « lecture », leur lecture radicalement différentielle, c’est-à-dire autre, de l’Homme, des phénomènes humains, y apportant une référence psychanalytique nouvelle dans l’Histoire qu’aucune philosophie, religion ou psychologie n’avait vraiment abordée ou soutenue jusque-là : –  la prise en compte de ce qui s’est longtemps appelé « l’hypothèse de l’inconscient », la distinction du Sujet et du Moi, la division du Sujet entre Savoir et Vérité, la notion d’objet petit a de Lacan, le Réel…

Je me demande si la place et la fonction du psychanalyste peuvent réellement se situer hors de son cabinet, ce lieu de l’exercice dit « libéral » de cette profession « non réglementée » (sous-entendu, par l’État). Je me demande en somme si l’acte du psychanalyste est pertinent ailleurs, et même nécessaire, hors du cabinet.

Certains le disent et l’affirment, personnellement il m’arrive d’en douter.

La psychanalyse est en passe de ne plus être reconnue comme un savoir, mais considérée comme une simple idéologie, pernicieuse qui plus est !

2.    Concernant la transmission, il faut constater qu’elle se fait principalement, en majeure, au cabinet, dans le dispositif fauteuil/divan. Mais aussi, en mineure, autrement, dans le collectif. Les deux sont nécessaires.

Ma remarque consiste à dire que, dans le collectif, appelé association, société ou l’école avec Lacan (refuge et base d’opérations sur le modèle des écoles antiques de philosophie), tout a échoué ou peu s’en faut.       Sous toutes les formes collectives repérées par Freud (l’Église (IPA),… ou l’Armée (ECF). Je pense que c’est parce que le modèle est toujours resté, celui, scolaire-universitaire, académique, du Maître (plus ou moins socratique) et de l’élève.

Soit un modèle essentiellement vertical. Le Maître distillant le savoir, l’élève n’ayant de perspective qu’à son tour devenir un maître, … qui distillera le savoir, en maître. Verticalité !

Si l’on doit un jour inventer un nouveau modèle de transmission, ce serait de penser un dispositif essentiellement horizontal de transmission.

C’est très exactement ce à quoi je réfléchis à engager depuis deux ans, où ceux qui pourraient s’autoriser à faire le Maître s’y refusent, laissant alors la place, difficile à prendre, à ceux qui ont quelque chose à dire de la psychanalyse, sans y être autorisés en élèves, parce que moins avancés, par un Maître dont la fonction principale est aussi de faire taire l’élève jusqu’à ce qu’il devienne un maître à son tour. Verticalité !

Ce à quoi je pense, aujourd’hui, c’est à l’enrichissement d’une transmission faite par tous sans distinction de hiérarchie, mais dans le respect d’où en est celui, celle qui s’avance, s’autorise de sa parole. C’est dans sa parole exprimée, et l’inconscient qui s’y montre, trouve son chemin, parole portée au collectif, que se trouve, que gît  et que peut surgir la transmission. Car, si l’on peut dire « j’enseigne » (un savoir), on ne peut jamais dire, là, voyez-vous, « je (vous) transmets ceci ou cela ». On ne sait jamais d’où le savoir à transmettre, d’où le savoir transmissible va jaillir et quand il va apparaître. On n’en a pas la maîtrise. Le croire est un leurre. La verticalité, c’est ce qui se met trop souvent en travers du surgissement de ce savoir transmissible. Ce qui se transmet, ce qui est à transmettre, a toujours une structure de fiction et doit surprendre. Le maître y fait obstacle, le sachant ou non. La transmission est une invention sur le moment, dans les circonstances d’un moment collectif.

Lacan cherchait de ce côté-là,… mais il est trop vite devenu et adulé comme un maître, porté au Maître, dont il ne s’est plus alors dépêtré.

Je ne sais pas si un tel dispositif pourrait prendre un jour le nom d’ « école »,…  sinon, pourquoi pas, à ressembler plutôt à quelque chose comme une « auto-école ».

Jean-Michel LOUKA

 

À propos de Jean-Michel

Pratique la psychanalyse, à Paris, depuis fin 1976. Ancien Chercheur au CNRS Ancien Maître de Conférences des Universités Psychanalyste Attaché à l'Hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris)
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