Jean-Michel Louka

psychanalyste

74 rue Dunois
75013 PARIS

Sur rendez-vous :
06 81 25 48 56

01 42 16 85 83


  • Psychanalyste depuis fin 1976
    - Fait partie de la cinquième génération des freudiens, et de la deuxième génération des lacaniens. Formé à l’Ecole de Lacan, à son Séminaire et ayant été l’élève de Serge Leclaire, analyste principal et contrôleur. Plus de quinze ans d’analyse personnelle.
    - Contrôleur (Superviseur), depuis 1996.
    - A tenu un Séminaire public de psychanalyse plus de vingt ans à Paris.
    - Déclaré membre de l’Ecole Freudienne de Paris (1977-1980 [dissolution de l'EFP] ).
    - Ancien membre de plusieurs associations ou écoles lacaniennes, après la dissolution de l’EFP par Lacan le 5 janvier 1980.
    - Fondateur et Président de l’association  » Gynépsy  » depuis 2003, qui a pour but :  » Accueillir, écouter et orienter toute femme en souffrance psychique « .
    - Membre du séminaire d’Alcoologie et d’Addictologie du Dr. Claude Orsel « Transfert, psychanalyse et psychothérapies » qui se tient dans le service d’Addictologie de l’hôpital Sainte-Anne (Dr. Xavier Laqueille) (2011-2018).
  • Etudes et titres
    - Université de Paris : Faculté de Médecine, Faculté de Sciences Humaines
    - Docteur ès Sciences Humaines, de l’Université de Paris, (Thèse de Doctorat en Socio-Anthropologie de la Médecine, de la Psychiatrie, de la Psychanalyse et de la Santé sur  » La Dépendance « , 1980, mention Très Bien, Félicitations du Jury.
    - Ancien Maître de Conférences des Universités en Sociologie et Anthropologie de la Médecine et de la Santé, de la Psychiatrie et de la Psychanalyse (1992-1996).
    - Ancien Chercheur au CNRS (Unité de Recherches du CNRS  » Santé et Société  » du Centre d’Études Sociologiques du CNRS, 1978-1999, plus de 80 publications sur le domaine de la médecine, des médecins, des psychiatres et de la santé (violences faites au femmes, alcoolisme féminin et toxicomanies).
  • Activités thérapeutiques
    - Création de plusieurs Consultations expérimentales de psychanalyste à l’hôpital, de 1980 à 2013 : Hôpital de Rambouillet, puis, à l’AP-HP : Rothschild, Saint-Louis, et la Pitié-Salpêtrière (Médecine Générale, Consultation de la Douleur, Service de Rhumatologie et Service de Chirurgie Gynécologique et Sénologique. Durant cette même période : Psychanalyste superviseur des équipes de Soins palliatifs de Paul Brousse et de la Pitié-Salpêtrière, et aussi de l’Institut Curie de Paris.
    - Dans plusieurs associations loi 1901 ou mouvements
    - Ancien  » leader « , superviseur (durant plusieurs années) de groupes Balint, membre de la Société Médicale Balint.
    - Psychanalyste Attaché au Service de Rhumatologie et à l’Unité-Consultation pluridisciplinaire d’Evaluation et de Traitement de la Douleur (1996-2018), du Pr. Bruno Fautrel, Groupe Hospitalier Pitié-Salpêtrière, AP-HP, 1996-2018.
  • Auteur de sept ouvrages de psychanalyse (Cf. la Bibliographie)

 

 

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Savoir et transmission

1.    Je ne sais vraiment plus, avec tout ce qui nous arrive et nous revient aujourd’hui si les psychanalystes ne se sont par fourvoyés en voulant culturellement, «scientifiquement » (avec leurs savoir clinique et théorique accumulés durant plus d’un siècle), « occuper » ces lieux publics étatisés que sont les tribunaux, les hôpitaux et les universités,  pour y faire de l’ «entrisme » afin d’y faire entendre une « lecture », leur lecture radicalement différentielle, c’est-à-dire autre, de l’Homme, des phénomènes humains, y apportant une référence psychanalytique nouvelle dans l’Histoire qu’aucune philosophie, religion ou psychologie n’avait vraiment abordée ou soutenue jusque-là : –  la prise en compte de ce qui s’est longtemps appelé « l’hypothèse de l’inconscient », la distinction du Sujet et du Moi, la division du Sujet entre Savoir et Vérité, la notion d’objet petit a de Lacan, le Réel…

Je me demande si la place et la fonction du psychanalyste peuvent réellement se situer hors de son cabinet, ce lieu de l’exercice dit « libéral » de cette profession « non réglementée » (sous-entendu, par l’État). Je me demande en somme si l’acte du psychanalyste est pertinent ailleurs, et même nécessaire, hors du cabinet.

Certains le disent et l’affirment, personnellement il m’arrive d’en douter.

La psychanalyse est en passe de ne plus être reconnue comme un savoir, mais considérée comme une simple idéologie, pernicieuse qui plus est !

2.    Concernant la transmission, il faut constater qu’elle se fait principalement, en majeure, au cabinet, dans le dispositif fauteuil/divan. Mais aussi, en mineure, autrement, dans le collectif. Les deux sont nécessaires.

Ma remarque consiste à dire que, dans le collectif, appelé association, société ou l’école avec Lacan (refuge et base d’opérations sur le modèle des écoles antiques de philosophie), tout a échoué ou peu s’en faut.       Sous toutes les formes collectives repérées par Freud (l’Église (IPA),… ou l’Armée (ECF). Je pense que c’est parce que le modèle est toujours resté, celui, scolaire-universitaire, académique, du Maître (plus ou moins socratique) et de l’élève.

Soit un modèle essentiellement vertical. Le Maître distillant le savoir, l’élève n’ayant de perspective qu’à son tour devenir un maître, … qui distillera le savoir, en maître. Verticalité !

Si l’on doit un jour inventer un nouveau modèle de transmission, ce serait de penser un dispositif essentiellement horizontal de transmission.

C’est très exactement ce à quoi je réfléchis à engager depuis deux ans, où ceux qui pourraient s’autoriser à faire le Maître s’y refusent, laissant alors la place, difficile à prendre, à ceux qui ont quelque chose à dire de la psychanalyse, sans y être autorisés en élèves, parce que moins avancés, par un Maître dont la fonction principale est aussi de faire taire l’élève jusqu’à ce qu’il devienne un maître à son tour. Verticalité !

Ce à quoi je pense, aujourd’hui, c’est à l’enrichissement d’une transmission faite par tous sans distinction de hiérarchie, mais dans le respect d’où en est celui, celle qui s’avance, s’autorise de sa parole. C’est dans sa parole exprimée, et l’inconscient qui s’y montre, trouve son chemin, parole portée au collectif, que se trouve, que gît  et que peut surgir la transmission. Car, si l’on peut dire « j’enseigne » (un savoir), on ne peut jamais dire, là, voyez-vous, « je (vous) transmets ceci ou cela ». On ne sait jamais d’où le savoir à transmettre, d’où le savoir transmissible va jaillir et quand il va apparaître. On n’en a pas la maîtrise. Le croire est un leurre. La verticalité, c’est ce qui se met trop souvent en travers du surgissement de ce savoir transmissible. Ce qui se transmet, ce qui est à transmettre, a toujours une structure de fiction et doit surprendre. Le maître y fait obstacle, le sachant ou non. La transmission est une invention sur le moment, dans les circonstances d’un moment collectif.

Lacan cherchait de ce côté-là,… mais il est trop vite devenu et adulé comme un maître, porté au Maître, dont il ne s’est plus alors dépêtré.

Je ne sais pas si un tel dispositif pourrait prendre un jour le nom d’ « école »,…  sinon, pourquoi pas, à ressembler plutôt à quelque chose comme une « auto-école ».

Jean-Michel LOUKA

 

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Pour une théorie de l’alcoolisme féminin

 

L’Université bénéficie, depuis quelques années déjà, de l’invention, de la fabrication d’un nouveau discours, qu’il m’est arrivé de nommer l’Alcoologos 1. Ce nouveau discours n’est cependant pas à confondre avec un discours nouveau. Il peut devenir, néanmoins, un bénéfice pour l’Université afin d’asseoir encore un peu plus son académique discours, mais il peut du même mouvement devenir aussi une maladie substitutive pour celui, ou celle qui s’en trouve traversée.

J’ai, par ailleurs, été amené à appeler “femmalcool”toute femme qui a une pratique subjective du boire mais qui n’est pas pour autant, ou encore, complètement prise dans les rêts de l’Alcoologos, soit du discours alcoologique.

Tout commence par un : “On dit”. On dit qu’une femmalcool “boit” ; qu’elle serait une “femme alcoolique”. Elle ne pense pas être assujettie à l’alcool. Elle dit : “Je m’en débrouille”. Pourtant elle sait bien qu’elle est dépendante. Elle dit aussi : “Je ne peux pas m’en passer”. L’alcool est ce qui la colle à son intempérance.

L’alcool l’aide cependant. Mais il ne l’aide que pour autant qu’il lui permet de ramasser tous ses morceaux, tous ses éclats, tous ses fragments, pour faire d’elle un sujet tout-Un. L’intempérante femmalcool est une buveuse, certes, mais est-elle une alcoolique ? Un buveur est un sujet qui a une pratique subjective du boire (Louka J-M et al., 1986). Celle-ci peut éventuellement l’amener à devenir “alcoolique” ; mais il n’y a d’ “alcoolique” que dénommé tel, parce que défini tel par l’ordre médical.

Une femmalcool s’explique toujours sur son “boire”, ce qui le cause, ce qu’elle en pense. Elle livre quelquefois même à son insu ce qui pourrait bien en être le pourquoi, dès les premiers entretiens. Même si c’est sous la forme d’une fausse association, celle-ci n’en reste pas moins à ses yeux la causalité qu’elle adopte. 2

Rappel du cas Charlotte :

Charlotte a quarante ans. C’est une femme grande et mince aux traits marqués par la vie autant que par l’alcool. Elle est née à Caen où elle a vécu son enfance. Célibataire au moment de la rencontre (1978), elle est la seconde d’une fratrie de six enfants. Un frère aîné, Pierre, “métis”, est mort en se suicidant deux ans auparavant. Le frère qui la suit, Paul, le troisième enfant de la fratrie, est également mort, par ensevelissement pendant un bombardement à Caen, à la fin de la Guerre. Le quatrième enfant, une soeur, Sylvie, est mariée et mère d’un enfant. Enfin viennent deux autres soeurs, Caroline et Annick, dont elle dit que pour elles elle a joué le rôle de mère. Aujourd’hui celles-ci sont mariées, mais les ménages sont malheureux et traversés par l’alcoolisme.

Charlotte se décrit comme ayant eu de très nombreuses “aventures” sexuelles et affectives,
toujours dans un rôle passif, avec des hommes pervers dont les exploits sadiques avaient son corps pour champ d’exercice. Elle raconte qu’elle a été violée à plusieurs reprises par “plusieurs Noirs” sous l’empire de la boisson. Elle explique ces viols en pensant les avoir toujours souhaités inconsciemment pour “être comme sa mère” ; elle fait référence ici à son frère Pierre, l’enfant “métis” de sa mère. Elle est en instance de séparation d’avec son ami actuel, “un éjaculateur précoce et un voyeur”, après huit ans de vie commune et des projets d’ “installation”. Elle a toujours aimé son métier de “disquaire” (vendeuse de disques), abandonné du fait de son alcoolisme, qu’elle pense reprendre (elle le fera effectivement par la suite), mais cet alcoolisme lui a fait beaucoup de torts. Au moment de la rencontre, elle compte quatre mois de sobriété, après avoir fait “sept mois de psychothérapie plus une semaine de clinique psychiatrique” et croit qu’avec un médecin, le docteur S., elle aurait fait “trois mois de psychanalyse”…

Pourquoi buvait-elle ? “Pour supporter la vie… Mon père buvait du “Ricard”… J’aurais tout fait pour lui … Ma mère ne vivait son désir qu’à travers moi… Je n’aime pas beaucoup ma mère C’est elle qui me poussait toujours dans les bras des hommes, à sa place… Elle vivait son désir par sa fille interposée… Moi, je ne voulais pas, mais elle faisait tout pour ça… Je sais que, comme mes frères et soeurs, à part Caroline, je n’ai jamais été désirée par mes parents … Ils nous l’ont dit … Je sais que j’aurais pu mourir ensevelie à la place de mon frère (Paul), c’est mes parents qui me l’ont toujours répété quand j’étais jeune… “

Dans la famille de Charlotte, seules les quatre filles sont vivantes, mais les deux frères sont
morts violemment. Charlotte a servi de mère aux deux dernières, Caroline et Annick, qui sont devenues “alcooliques”. Charlotte n’est pas morte violemment, “ à la place de” son frère Paul, comme l’insistance des parents – en fait de la mère qui fait la loi (le père étant toujours “dans la boisson”) – , semble y pousser, mais elle a été violée , par “plusieurs Noirs” et elle pense que ces viols ont été par elle désirés pour répondre aux désirs de l’Autre ici incarné par la mère, comme “entremetteuse” de son impropre désir.

Con-fondue avec sa mère, Charlotte subira les pulsions sadiques de multiples si bien nommés par Lacan “père-versions” de sujets en proie à l’angoisse de castration. Les raisons conscientes que Charlotte donne à entendre, interprétation psycho-logique de son destin sur le mode causal d’un “c’est parce que, que”, ne tiendront pas longtemps. Dès lors fût-elle confrontée à l’énigmatique jouissance de la position masochique qu’était la sienne depuis des années. A partir de ce jour-là, la question phallique commença à pouvoir, dans le transfert, se poser pour elle… .

 

Au premier diagnostic toute femmalcool est inévitablement dite “alcoolique” par l’ordre médical (Jean Clavreul, 1978). A partir de cette nomination, le sujet femmealcool est représenté par le signifiant “alcoolique” et il lui devient de plus en plus difficile d’articuler quoi que ce soit qui fasse effet de sens quant à sa véritable causalité 3. La science médicale, dans la nécessité logique d’adhérer à ce point à l’objet, ici à l’alcool comme cause, reste impuissante face à une femme qui boit. Elle la dira “alcoolique”, ne pouvant la définir exclusivement comme telle que par rapport à l’agent pathogène : c’est alors une nomination, le plus souvent irréversible. Exit donc, cette femme comme “une” femme. Entrée sur la monopolistique scène médicale du mythe de La Femme alcoolique. Cette nomination d’un symptôme possède l’effet regrettable de valoir pour seule identité du sujet, excluant toute recherche ou espoir d’être autre chose qu’une alcoolique 4.

Si l’action de
s’imbiber répétitivement d’alcool fait courir le risque de devenir
“alcoolique”, c’est à cause de l’alcool, dit doctement la Faculté, depuis un
siècle et demi. Ainsi, l’alcool “fait” l’alcoolique”, c’est sa vertu. L’opium
fait dormir parce qu’il a une vertu dormitive en est ici son molièresque paradigme
logique.

Aussi, dire, par exemple, aujourd’hui savamment que la causalité de “l’alcoolisme” est plurifactorielle, c’est en somme dire peu de choses, une évidence tout au plus pour servir aux intérêts du baquet alcoologiste, mais c’est surtout laisser transparaître à qui veut bien se donner la peine de le lire, que le médecin ignore la cause vraie de chaque “alcoolisme”.
La cause vraie de chaque “alcoolisme” est subjective, comme l’est la pratique du boire. La causalité plurifactorielle ne sert alors qu’à masquer la question subjective pour la médecine, laquelle n’a aucune vocation ni aucun intérêt à l’aborder. En effet, pour l’humain, il n’y a pas de question subjective qui puisse s’aborder sans, dans le même mouvement, se trouver dans la nécessité d’affronter la question sexuelle.

“Alcoolique” est un mot asexué. Dire “alcoolique”, c’est d’emblée ignorer, ou feindre d’ignorer le sexe. Le fait qu’il y ait chez l’homme une question cruciale, la question du sexuel. La sexuation comme question fondamentale du drame humain. Ainsi, dire “alcoolique”, annonce déjà comme une sorte de passez muscade vis-à-vis de cette question. Si je dis “alcoolique”, je me positionne comme locuteur dans un au-delà de ladite question, désignant l’autre par son symptôme, ayant déjà fait ce pas de l’y réduire. Je viens parler et agir (“soigner”, “traiter”, “prendre en charge” comme l’on dit …) au-delà, d’une manière telle que la possibilité même que cette question se pose se trouve alors comme déjà forclose, volontairement. Forclore volontairement la question sexuelle, comme le discours médical à vocation historique à s’y employer, à propos des “alcooliques” notamment, c’est proprement désavouer l’inconscient.

L’inconscient, cependant, existe. Il n’est d’ailleurs souvent, en ce domaine comme en d’autres, pas beaucoup d’autres possibilités d’en apporter la preuve que par cette sorte de négation particulière qu’est le désaveu. On remarquera simplement qu’on ne peut désavouer l’existence de l’inconscient sans auparavant l’avoir … avoué, c’est-à-dire reconnu. Chez le soi-disant “alcoolique” aussi. D’où la nécessité d’un vocable dans la médecine alcoologique qui avoue en désavouant que la question du sexuel est au coeur du problème du buveur. Ce vocable est générique et fait enchaînement : alcool, alcoolisation, alcoolisme, alcoolique, alcoologie, alcoologue … Parlant nécessairement de l’objet, cet enchaînement fait apparaître la question du sujet qu’il vise à taire.

 

L’Alcoologos (J.-M. Louka 1979,1980)

 

Ce qui caractérise une femmalcool, avant d’être attrappée, happée, avant d’être prise toute entière dans le discours alcoologique, c’est son incapacité à laisser son problème inconscient se réduire à la question scientifique de l’objet. Elle n’est pas encore rompue au discours de la science, elle n’y comprend rien et ne peut donc comme les alcoologues s’en servir pour instrumentaliser sa propre protection désavouante de l’inconscient. Elle est, par ailleurs, récalcitrante au pouvoir de la médecine face à la prise d’alcool. L’ordre médical ne lui apporte rien de tangible pour lui permettre de construire quelque défense contre cette possibilité itérative d’accéder à la jouissance infernale, celle qui ne cesse de faire la peau au désir 5.

L’alcoologie, ce que l’on nomme telle, est une discipline médicalisée. Cette médicalisation est d’autant plus poussée qu’elle se fait passer pour La Science en action à ce niveau, science à laquelle il serait mal venu en ces temps de totalitarisme morose des savoirs multidisciplinaires, -ce qui veut dire en termes clairs : “à chacun sa part du gâteau”-, d’adresser quelques remarques dans le style inconvenant de tout temps : “Mais, ne voyez-vous donc pas que le roi (physico-chimique) est nu?”.

L’objet médical général, c’est l’Objet partagé par excellence, ce que l’on appelle sans y regarder de trop près : “la vie”. Pas le sujet. Et certainement pas le sujet tel que le promeut la psychanalyse. Et l’on s’acharne dès lors, en son nom et tous ensemble, à anéantir du sujet le désir par ce tour de passe-passe qui consiste à arracher l’objet (avec un petit “o”) du fantasme du buveur, de la buveuse, fantasme ainsi qu’on écrase. Car la vie, en somme, ici c’est la vie sans tenir compte du sujet, c’est-à-dire du désir et du fantasme qui le supporte … Il s’agit de La Vie, la vie des organes, la vie organique, c’est l’organisme biologique qui prime, un corps vidé de l’alcool et qui, surtout … ne “se” remplira plus. Pas besoin du sujet dans tout cela. Par les médecins d’aujourd’hui, la vie est enfin déliée de la question du sujet. Et l’alcoologue retranche le buveur de son objet, pour que vive cette vie, là où l’on sait qu’il faudrait, celui-ci, celle-là, lui permettre de s’engager dans la voie de s’en délier. 6

Délier est un des noms de la psychanalyse, et l’alcoologie est une médecine. L’alcoologie coupe, mais ne délie pas à cet endroit le sujet de son incertain objet. Elle délie, peut-on dire, artificiellement seulement deux questions : la vie et le sujet. Le bistouri, oserons-nous énoncer, ne passe pas au bon endroit. Pas du tout. Il n’est cependant pas question d’en faire grief à la médecine alcoologique car cela n’a jamais été, comme partie prenante de la médecine moderne, son but. Elle n’a pas vocation à cela, mais seulement à, comme l’on dit, “maintenir en vie”. Le désir n’est pas sa préoccupation. Ainsi l’alcoologue en bon médecin coupe ce lien, tranche ce noeud dans lequel le buveur est pris au lieu de, brin par brin, délier les fils qui le retiennent dans la nasse de cette jouissance sans désir.

De par l’action de l’alcoologue, advient “l’alcoolique”. C’est une nomination médicale : exit
le buveur ou la buveuse, et comme on le voit au terme asexué d’”alcoolique”, exit conjointement la question du sexe dans le même geste. “Alcoolique” : nom émasculin ou efféminin … de quoi ? 7

Une femmalcool est un sujet qui a une pratique subjective du boire. Mais cette pratique, que nous disons “subjective”, n’en est pas pour autant “subjectivante”. Nous voulons dire par là qu’elle ne permet nullement la subjectivation. Il s’agit d’un semblant en acte, soit une croyance à laquelle activement elle s’abandonne. Une femmalcool fait-elle semblant ? Oui …, mais pas de boire ! L’alcool, ou plus exactement la boisson alcoolisée flaconnée – car jamais un sujet “alcoolique” n’a bu d’alcool en tant qu’objet, jamais il n’absorbe CH3CH2OH en tant que tel-, la boisson alcoolisée flaconnée est pour elle un objet impossible, c’est-à-dire un objet réel. Cet objet est ingéré per os, par un sujet qui lui, n’y est pas, dans le réel, comme tout observateur en a l’expérience. Où est-il ? Dans le boire, c’est-à-dire le semblant en acte, soit dans la croyance aux effets spécifiquement jouissifs de la boisson alcoolisée, dans un registre de l’imaginaire hypertrophié et comme collé-emboîté avec celui du réel. Si une femmalcool n’est pas dans le réel, c’est pourtant au réel qu’elle a constamment à faire : impossibilités physiques, physico-chimiques, physiologiques certes, mais aussi familiales, policières, médicales, sociales et judiciaires.

L’alcool (pour simplifier l’expression pourtant plus juste de “la boisson alcoolisée flaconnée”), c’est ce qui la tient au réel, sans lequel ce serait peut-être le réel qui la tiendrait, quelque chose faisant dès lors retour dans celui-ci qui aurait été rejeté, forclos du symbolique (Lacan 1956). Une femmalcool serait alors psychotique. S’il arrive que des femmes qui boivent soient psychotiques, ce n’est ni plus ni moins que celles qui ne boivent pas. La psychose fait autant boire que boire fait la psychose, sans qu’une telle causalité circulaire puisse déboucher sur la pertinence d’un diagnostic de structure.

 

Un sujet d’indésir.

 

Une femmalcool est un sujet d’indésir qui ne parle pas, pourquoi ? La plus évidente des réponses consiste en ceci : parce qu’elle boit! Enlacée avec l’imaginaire, elle se trouve et se retrouve directement en prise sur le réel réduit à un objet : l’alcool. Le symbolique, comme champ de la parole et du langage (Lacan, 1953), permet à un sujet d’exister en parlant, d’advenir comme être habitant le langage. Cependant, il est partiellement incorrect de dire qu’une femmalcool, sujet qui boit, ne parle pas. Elle parle, mais en état d’ébriété elle tient un discours sans gêne ni retenue, son Surmoi (Freud, 1923) étant selon l’heureuse expression d’Ernst Simmel (1929), “soluble dans l’alcool”. Par la suite, ce n’est pas par hasard, elle ne se souvient plus de ce qu’elle a dit. On peut se demander à cet instant, qui parlait : elle ou une autre ? En fait, si c’est elle, c’est “elle” et jamais “je”, car le sujet est absent : c’est l’Autre (Lacan, 1955) qui parle comme en direct.

On se souvient de la phrase de Freud (qu’il emprunte à Napoléon Bonaparte) : “l’anatomie c’est le destin”. Des hommes boivent. Mais des femmalcool aussi existent, qui boivent tout autant. Hormis leurs pratiques généralement dissimulées pour elles, habituellement visibles pour les hommes, les femmalcool comme les buveurs boivent au fil de leur destin, de moins en moins décollées de cet objet devenu réellement le leur, investi fantastiquement comme objet total et qu’elles ne doivent, à tout prix, c’est-à-dire la mort, ne pas perdre : l’alcool.

Pharmacodynamiquement parlant l’alcool répond. C’est l’ivresse qui pointe là où une femme, une femmalcool, pose sa demande. Mais à l’enseigne de sa conduite vis-à-vis d’autrui, c’est une réponse déplacée. L’alcool peut répondre comme personne (persona=masque), jamais comme sujet, i.e. au niveau de la question subjective. L’alcool répond comme masque d’objet, mieux : masque-objet! L’alcool est un tenant-lieu d’objet qui masque, voile, bouche la possibilité d’apercevoir un trou. L’alcool ainsi s’avère être un très efficace bouche-trou. Comme objet, il est le substitut de l’Objet primordial qui n’a pu obtenir de la part du sujet femmalcool d’être élevé au rang de la perte. La pulsion de mort (Freud, 1920) n’a pu dialectiquement avec les pulsions de vie frayer son chemin de décollement, de coupure constructive d’une subjectivation rendant possible … quoi ? Le cri! Cri de douleur angoissée, cri de jouissance éperdue, cri de séparation irréversible, enfantant la possibilité … de quoi ? D’un dire : castration symbolique et désir qui d’un manque se génère …

Au cours de son histoire, une femme, une femmalcool, rencontre le manque et va boire. Une frustration comme manque imaginaire d’un objet réel, une privation comme manque réel d’un objet symbolique : et c’est l’effondrement. Le collage de l’imaginaire et du réel, l’amour fou de deux registres sans que le troisième, le symbolique, par une parole énoncée au bon moment puisse littéralement intervenir dans cette folie, provoquer la castration symbolique, c’est-à-dire dans le symbolique, et ressourcer ainsi le désir. Aucune instance ne pouvant inter-dire cet amour fou du sujet et de la bouteille, là où un homme le plus souvent ira s’exhiber par elle, une femmalcool s’enfermera avec elle, dans les lieux qui lui sont culturellement désignés : “sa” cuisine et “sa” chambre.

Quels sont ces évènements dans la vie d’une femmalcool qui provoquent ces manques, occasions d’effondrement ? Ce sont les évènements qui constituent le lot commun de chacun et de chacune : petit avatar journalier ou profonde catastrophe existentielle, ou toute chose pouvant faire évènement de la vie quotidienne. Tout peut servir de déclencheur à ce qui va s’inscrire dans le corps, s’écrire dans la vie de celle qui se croit exclue de la jouissance, au risque de perdre l’objet. Cet objet, qui devient consciemment l’objet de son ressentiment, est progressivement remplacé par un autre objet, l’alcool. C’est un objet bien réel, celui-ci, seul garant d’être l’objet garde-fou. Il vient prendre alors la place de l’objet du fantasme et en fait fonction à sa manière.

Certaines femmalcool qui rencontrent ces épreuves dans la réalité, risquant que leur soit dévoilée la possibilité de la perte insupportable de l’objet, ne peuvent tolérer cette épreuve de réalité réveillant le non assumé du rapport oedipien à leur mère 8. L’Objet (avec un grand “O”) n’a pu être perdu. Elles ne sont pas décollées du sein de leur mère et l’institution de l’épreuve de réalité sur le tard où elle survient effondre le peu de réalité qui soutenait jusqu’alors le sujet face au réel. Le sujet femmalcool ne tient pas. Le sujet femmalcool n’y tient plus et s’effondre. 9

Il est frappant de rencontrer dans les discours des femmalcool qui boivent et racontent leur histoire ces moments d’effondrement du sujet, inaugurant le recours puis la prise itérative d’alcool pour provoquer le recouvrement de cet effondrement. Si les femmalcool s’abîment dans l’alcool, ce n’est que, quasi-paradoxe, pour ne plus s’effondrer. Mais si l’on est confronté à ces instants d’effondrement originaires dans leur discours, ce n’est pas pour autant que ces femmalcool réalisent pour leur propre compte leur importance. Elles expliquent leur pratique du boire autrement. Elles croient et veulent faire croire à d’autres
raisons explicatives conscientes : le père alcoolique, l’adultère du conjoint, l’échec de leur féminité, les difficultés de la vie au travail, le destin … La véritable raison leur échappe consciemment et elles n’hésitent jamais à en chercher une autre à laquelle croire, même fausse.

S’il y a effondrement du sujet femmalcool et tentative désespérée d’en obturer l’ouverture avec le bouchon alcool producteur d’ivresse, jouissance d’une petite mort où Eros et Thanatos sont, pour un moment, réconciliés au prix d’un fading du sujet qui n’est plus là, mais absent, ailleurs, c’est parce que l’Autre, trop présent, arrivant même à parler par la bouche du sujet, l’anéantit. L’effondrement, c’est alors ce qui vient remplacer mortifèrement quelque chose qui n’a pu avoir lieu dans la prime histoire d’une femmalcool. L’opération de désillusion a manqué. Il s’agit de cette sorte de désillusion primordiale qui s’engendre du processus de perte de la Chose première (das Ding, chez Freud), l’Objet (avec un grand “O”). Cette désillusion, c’est la désillusion maternelle. Elle est nécessaire à la constitution du sujet. Source d’une tension à intensité grandissante, la mère qui dit non à la présentation continuelle du sein réclamé par l’enfant, introduit ce dernier à inventer le seul chemin possible d’un frayage pour cette tension, alors que l’essai de satisfaction par voie hallucinatoire n’a pu trouver sa résolution que provisoirement, du fait même que l’objet du besoin se dérobe, annulant toute caution pour l’hallucination qui jusqu’alors pouvait y opérer. On sait que cette introduction se fait au Nom-du-Père selon l’expression même du concept lacanien (Lacan, 1953). Le père, en sa fonction de métaphorisation, châtre la mère d’avoir à donner le phallus qu’elle n’a pas. 10 Le père est alors l’opérateur dans le symbolique de la castration du lien trop compact imaginarisé entre la mère et l’enfant. 11

Renoncer à l’essai de satisfaction par voie hallucinatoire, mode premier de fonctionnement, appelle la perte de l’Objet. Elle relève d’une des toutes premières mises en acte de la pulsion de mort. Cette pulsion a pour fin de réduire totalement les tensions. A ce moment crucial, la seule possibilité que laisse ainsi à l’enfant cette absence de choix est d’abandonner un type de recherche de satisfaction qui a définitivement cessé d’être opérant (dans le meilleur des cas) et donc satisfaisant. Du même mouvement cesse l’intérêt nécessaire de l’objet fantasmatique lié à cette recherche. La finalité de la pulsion de mort ici à l’oeuvre, c’est-à-dire la réduction la plus complète possible des tensions, permet que s’engendre un nouveau mode de fonctionnement psychique : la naissance de la pensée par la première symbolisation qui est futur accès au langage. Là où la mère a dit “non”, pas encore le sein et tu ne réintégreras pas mon corps, soit : tu n’es pas l’unique objet qui cause mon désir, l’enfant est sommé d’advenir comme sujet manquant, c’est-à-dire désirant. Effet de signifiant d’une parole qui le divise en l’introduisant au désir. Quelques mois plus tard, on entend l’enfant articuler des “non…non…non…”, accompagnant son dire d’un mouvement de la tête qui le signe.

Si dans un premier temps l’Objet subit à partir du sujet une expulsion dans son procès de constitution grâce à l’intervention de la mère qui dit non et par là même désillusionne, dans un deuxième temps le sujet désillusionné reprend activement à son compte le dire “non” maternel, s’introduisant au symbolique : il dit “non” et habite dès lors subjectivement le langage.

Par la pulsion de mort, l’enfant s’induit à une action de déliaison d’avec l’Objet, le sein, la mère, que le symbolique va venir redoubler et confirmer. Il fait trou dans le réel imaginarisé, à la fois décollant et reliant définitivement l’imaginaire avec le réel dans une certaine nouaison particulière. Cette déliaison crée l’Objet comme extérieur, l’objet donc avec un petit “o”, (aussi avec un petit “a” puisque, on l’aura compris, il ne s’agit de rien d’autre que de l’ “objet petit a” de J. Lacan), à écrire aussi l’abjet, comme réel toujours à faire passer pour un sujet au statut de réalité, là où existait un seul réel Objet, avec un grand “O”, arraché physiquement du corps du sujet, l’Objet dont on le sépare à la naissance : son placenta cordonné, Objet primordial, princeps, impossible réel dépassé.

 

Une lecture

 

Par leur effondrement abîmé dans l’alcool, les femmalcool buveuses représentent une forme de ce ratage de la déliaison consécutive à la désillusion maternelle. L’objet s’avère constamment devoir subir la réinstallation dans le Moi. Il ne peut être expulsé hors du Moi. L’objet ne peut être nié par l’épreuve de réalité. Il se voit assidûment réactualisé dans le réel, réaffirmé auprès du sujet qui n’en a, de ce réel, qu’un abord imaginaire. La bouteille d’alcool est ce sein qui, pour une femmalcool, devient sommé de répondre d’une manière purement phallique. 12 Le dire “non” maternel n’ayant pas eu lieu, quel espoir reste-t-il d’autre qu’une tentative vouée à l’échec de refaire salutairement la coupure d’avec la mère en ayant recours à ce sein phallique alcoolisé ? Sujets devenus de langage, certaines des intempérantes femmalcool dites “alcooliques”, comme leurs alcoologues, savent qu’elles pourraient parler. C’est même pour cela trop souvent qu’elles se taisent, profondément angoissées, ou que certains alcoologues les rendent de facto silencieuses, sinon à leur faire parfois ânonner comme leurs frères d’infortune en alcool un certain discours scientiste de l’alcoologie médico-psychiatrique, le discours du maître-alcoologue. 13

L’opportunité qui est quelquefois offerte de permettre à ces femmalcool de tenter de naître comme sujet, c’est-à-dire de délier leur structure de leur histoire, pour chaque une, est de laisser s’établir les conditions transférentielles d’un rapport de parole, la possibilité d’un dire privilégiant la dominance dans le discours de l’objet fantasmatique, l’a-bjet, de celui qui cause le désir et fait se rencontrer le sujet comme manque, c’est-à-dire, encore, cet objet même. A travers bien des écueils, qui ne lui sont pas tous imputables, l’on pourra donner appui à ce que quelque femmalcool prenne le risque d’advenir à la subjectivation, sans doute pour la première fois. D’où la naissance possible d’un sujet par la voie de la parole dans le transfert, qui rejoue sa division d’expérimenter son existence d’être parlant, castrable symboliquement et par là même désirant. 14

C’est précisément ce que ne peuvent plus que très difficilement rencontrer les intempérantes femmalcool forcées à se reconnaître par une certaine idéologie médico-scientiste comme “alcooliques”. 15 Littéralement désubjectivées, objets de science et de curiosité pour de plus en plus larges multisavoirs, découpées par la pluridisciplinarité universitaire, elles deviennent inaccessibles pour elles-mêmes au simple fait qu’elles parlent, que leur être n’est qu’un être de parole, et non une machine biologique systématique baignant dans un univers cognitivo-comportementalisé. Il s’avère de plus en plus nécessaire de “désalcoologiser” les femmalcool, de les déprendre des rêts de ce courant mécaniste de l’alcoologie française héritier des doctrines constitutionnalistes de la psychiatrie du XIXè siècle et de la première moitié du XXè siècle, et néo-constitutionnaliste lui-même. De les introduire – plutôt que, passivement ou très activement, de leur barrer le chemin en les noyant dans l’illusion des techniques soignantes et autres divertissements à visée prétendument sublimatoire de l’alcoologie dite “pratique” -, aux conditions favorables d’un rapport de parole, autorisant non plus la régression massive d’un sujet grâce à l’alcool, mais l’anamnèse progressive d’un passé et sa reconstruction par un dire : soit une lecture.

Paris, le 15
avril 1998 / 28 janvier 2020

Jean-Michel Louka
74, rue Dunois 75013 Paris

06 81 25 48 56

 

1 – Louka J.-M.et al., Des femmes et l’alcool. Récits de pratique et système de croyance, L’information Psychiatrique 1979 ; 55(9) ; 1005-1025.

2 – Louka J.-M. et al., (Préface à) Les femmes et l’alcool, la fontaine de Lilith (de Michèle
Costa-Magna ; en coll. avec Vera Memmi), Denoël, 1981 : 7-10.

3 – Louka J.-M. et al., Psychanalyse et Alcoologie :Un médecin, un analyste et un alcoolique, Bulletin de la Société Française d’Alcoologie 1984 ; 6(3) : 15-18.

4 – Louka J.-M. et al., Une expérience de psychanalyse dans un service d’alcoologie d’un
hôpital général, Les Cahiers de l’IREB 1987 ; 8 : 189-194.

5 – Louka J.-M., Boire ses paroles, Actes des Entretiens de Bobigny (27-28 mars 1987). Rencontres interdisciplinaires de l’UFR Santé, Médecine et Biologie Humaine de Bobigny, “Les troubles du comportement alimentaire et l’oralité”, Université Paris -Nord (XII) éditions, 1987 : 122-124.

6 – Louka J.-M. et al., Pour une clinique de la dépendance alcoolique, “Figures de la Dépendance – autour d’Albert Memmi”, colloque du Centre culturel international de
Cerisy-la-Salle (12-19 sept. 1987), PUF, Champs de la Santé, 1988 : 47-53.

7 – Louka J.-M. et al., Note sur une recherche à l’hôpital de Rambouillet, Aujourd’hui l’Alcoologie 1988 ; 23 : 14-15.

8 – Louka J.-M. et al., D’une offre particulière en hôpital général, “Faire avec l’alcoolique :
entre la demande et l’offre”, Revue Française de Psychiatrie 1990 ; 8(6) : 11-16.

9 – Louka J.-M. et al., L’image, statut de l’image, “Vidéo et Alcoologie”, Alcoologie 1991 ; 13(1).

10 – Louka J.-M., Petite note sur la notion de phallus dans l’alcoolisme féminin, Alcoologie 1994 ; 16(2) : 97-101.

11 – Louka J.-M. et al., Un pas de côté pour une clinique de l’alcoolique, “De l’alcoolisme au
bien boire”, l’Harmattan, Logiques Sociales, Tome 1, 1990 : 314-319.

12 – cf. note 10

13 – Rigaud A., Louka J.-M., Psychanalyse et Alcoologie : quelques réflexions sur l’histoire et l’actualité de leurs places et rapports respectifs, Alcoologie 1991 ; 13(3) : 105-115.

14 – Louka J.-M. et al., La psychanalyse de l’alcoolique est-elle une hérésie ? Fragments, Bulletin intérieur de l’école lacanienne de psychanalyse 1988 ; 7 : 43-54.

15 – Louka J.-M. et al., L’expérience de Daedal, Aujourd’hui l’Alcoologie 1990 ; 42 : 9-10.

 

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PSYCHOSE versus PERVERSION

Par une belle matinée ensoleillée, un homme qui prenait son petit déjeuner leva les yeux de ses œufs brouillés pour voir une licorne blanche avec une corne dorée broutant tranquillement les roses de son jardin.

L’homme monta dans sa chambre où sa femme était toujours endormie et il la réveilla : « il y a une licorne dans le jardin – dit-il – elle mange les roses ». La femme ouvrit un œil peu amène et le regarda : « la licorne est une bête mythique (A Unicorn is a mythical beast) » dit-elle et elle lui tourna le dos.

L’homme descendit lentement l’escalier et repartit dans le jardin. La licorne était toujours là, elle se vautrait parmi les tulipes. « Voilà, licorne », dit l’homme et il arracha un lys et le lui donna. La licorne le mangea avec le plus grand sérieux. Quelque peu excité parce qu’il y avait une licorne dans le jardin, l’homme remonta les escaliers et réveilla encore sa femme : « la licorne » dit-il, « a mangé un lys ». Sa femme se redressa dans le lit et le regarda froidement. « Tu es cinglé -  dit-elle – et je vais te faire mettre à l’asile ». L’homme qui n’avait jamais aimé les mots « cinglé » et « asile », et qui les aimait encore moins par cette belle matinée où il y avait une licorne dans le jardin, pensa pendant un moment : « c’est ce que nous allons voir » dit-il. Il traversa la pièce jusqu’à la porte : « elle a une corne dorée au milieu du front » lui cria-t-il.

Et puis il repartit dans le jardin pour observer la licorne, mais la licorne était partie. L’homme s’assit alors au milieu des roses et s’endormit. Dès que le mari fut sorti de la maison, la femme se leva et s’habilla aussi vite qu’elle put. Elle était très excitée et il y avait une lueur méchante dans son regard. Elle téléphona à la police puis à un psychiatre, elle leur dit de venir rapidement chez elle et d’apporter une camisole de force. Quand les policiers et le psychiatre arrivèrent, ils s’assirent dans des chaises et la regardèrent avec grande attention. « Mon mari – dit-elle – a vu une licorne dans le jardin ». Les policiers regardèrent le psychiatre et le psychiatre regarda les policiers. « Il m’a dit qu’elle avait mangé un lys » dit-elle. Le psychiatre regarda les policiers et les policiers regardèrent le psychiatre. « Il m’a dit qu’elle avait une corne dorée au milieu du front » dit-elle.

A un signal solennel du psychiatre, les policiers sortirent de leur chaise et se saisirent de la femme. Ils eurent du mal à la contenir car elle se battit sauvagement mais finalement ils la calmèrent. Au moment précis où ils lui passaient la camisole de force, l’homme revint dans la maison. « Est-ce que vous avez dit à votre femme que vous avez vu une licorne ? » demandèrent les policiers. « Bien sûr que non – dit le mari – la licorne est une bête mythique (A Unicorn is a mythical beast) ».

« C’est tout ce que je voulais savoir » dit le psychiatre. « Emmenez-la. Je suis désolé, Monsieur, mais votre femme est folle à lier ». Ainsi, l’emmenèrent-ils, jurant et hurlant, et l’enfermèrent-ils dans une institution. Le mari, quant à lui, vécut heureux jusqu’à la fin de ses jours. »[1]

Cette petite histoire est de la fin des années cinquante. Elle se situe entre psychose et perversion. C’est une sorte de dialogue, de négociation, entre la psychose et la perversion pour le bien du sujet, le mari. Un dialogue troublant. Un dialogue cruel. Où l’on voit l’homme, le mari, que l’on peut supposer psychotique, en proie à une hallucination, je dirais, licornelle, (licorn’elle !) utiliser le clivage, pour maintenir (car on sent bien qu’il maintient) et nier à la fois (car on sent bien que c’est pour l’Autre qu’il nie), c’est-à-dire démentir et ainsi arriver à ses fins. Là où la femme, son épouse, fatiguée de l’être, excédée même, ne trouve rien de mieux que de faire fond, assez bêtement, je dois le dire comme ça, sur sa propre perversité de névrosée ordinaire, – elle est manifestement en plein désamour -, afin de se débarrasser de lui par cette ruse machiavélique.

Cette historiolle, vous l’aurez remarquée, ne fait appel qu’à l’hallucination, le clivage du moi, le démenti. Elle n’utilise pas l’objet, la licorne, même si elle semble le mettre d’abord au premier plan, le mettre en scène. L’objet, ici, la mythical beast, paradoxalement, que j’ai appelé, comme ça, « licorn’elle », compte assez peu dans l’affaire. On pourrait pourtant se demander si la licorne est, par exemple, un objet petit a, comme Lacan s’est complu, longuement dans son œuvre, a en parler ?


[1] James Thurber, (écrivain, dessinateur et humoriste américain, mort en 1961), in english, in Vintage Thurber, vol.1, Penguin Books, 1983, p.185.

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Conférence sur le transfert (14 décembre 2019)

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Retour sur le transfert

De  quelques petites remarques personnelles à propos de la question du transfert

Ainsi présentai-je mon livre à ce sujet, en 2008…
Ce livre, c’est : “De la notion au concept de transfert de Freud à Lacan”, L’Harmattan, 2008.

“Il n’existe pas, fort heureusement, d’interprétation univoque de la question théorique ou pratique du transfert pour tous les psychanalystes. Pour les uns, il s’agit foncièrement d’une banalité sans nom qu’ils utilisent à dessein sans souhaiter en dire ou en écrire quoi que ce soit de plus ou d’autre que Freud ; pour d’autres, il s’agit plutôt d’une énigme, à chaque cas renouvelée, dont le corpus théorique ne rend qu’imparfaitement compte de ce dont il retourne réellement. Ce n’est donc que pour certains que le transfert se présente d’emblée comme une question, sinon même, pour quelques-uns, la question princeps ouverte par ladite psychanalyse en sa naissance freudienne.

Mais le transfert n’est-il, de facto, qu’une et une seule question ? Plusieurs questions ne viennent-elles pas à cet endroit se croiser ? Au-delà du fait que le transfert est au moins une question, le transfert pose des questions et, pour peu qu’on y prenne garde, il fournit en même temps la réponse, celle, ready made, que le sujet qui s’en trouve affecté souhaite recevoir. Une réponse, unique, à toutes les questions : « aime-moi et, pour cela, reconnais-moi ; comble-moi de ton amour, pas de manque, pas de perte… »

Lorsque Sigmund Freud reçoit Karl Gustav Jung pour la première fois, en 1907, il lui pose précisément cette question : « Que pensez-vous du transfert ? » « C’est l’alpha et l’oméga de la pratique », répond Jung. Freud alors de lui dire : « Vous avez compris l’essentiel » !
Dix ans auparavant, le 7 juillet 1897, Freud décrit le transfert en termes déjà bien clairs, mais sans le reconnaître théoriquement. Il s’adresse à Wilhem Fliess :

Je continue à ne pas savoir ce qui m’est arrivé. Quelque chose venu des profondeurs abyssales de ma propre névrose s’est opposé à ce que j’avance encore dans la compréhension des névroses, et tu y étais, j’ignore pourquoi, impliqué. L’impossibilité d’écrire qui m’affecte semble avoir pour but de gêner nos relations. De tout cela je ne possède nulle preuve et il ne s’agit que d’impressions tout à fait obscures.
Il ajoute, sur le mode de certaines personnes qui viennent consulter un psychanalyste, dès les premiers entretiens :
La chaleur et le surmenage doivent certainement jouer un rôle dans tout cela.

Soixante-dix ans plus tard, dans la Proposition du 9 octobre 1967 sur le psychanalyste de l’Ecole, Jacques Lacan – qui, lorsqu’il parlait du transfert ne prétendait pas viser autre chose que le transfert selon Freud – avance sa formulation la plus achevée sur cette question. Il s’agit de l’algorythme du transfert, soit une écriture dudit transfert.

J’ai repris toute l’histoire du transfert dans la psychanalyse dans mon ouvrage, cité plus haut, paru chez L’Harmattan en novembre 2008, et intitulé « De la notion au concept de transfert de Freud à Lacan ».

Treize chapitres. Le chapitre XIII, dernier chapitre, aura été le chapitre qui me permit de présenter pleinement la dimension du Réel dans le transfert. En effet, si la théorie psychanalytique de Jacques Lacan est une théorie qui repose sur le paradigme nouveau, par lui introduit dans cette discipline, et qui consiste à aborder toute question psychanalytique avec le ternaire RSI, si,… alors, alors la question du transfert doit faire apparaître ses trois dimensions, ses trois consistances, son nœud borroméen du transfert, même, et l’on doit pouvoir reconnaître un transfert dans l’Imaginaire (le transfert, disons, de la répétition des imagos de Freud), un transfert dans le Symbolique (disons celui, en premier, que dégage Lacan dans les années 1960, avec la notion de grand Autre, alors qu’il ne l’est pas clairement chez Freud où les dimensions imaginaire et symbolique sont encore par trop intriquées), et un transfert dans le Réel. C’est ce dernier que j’ai développé dans ce chapitre et qui ne se trouve pas chez Lacan d’une manière explicite. Implicitement, il me semble qu’il y gît, repérable comme tel, mais non formulé.

***

À partir, entre autres, de mon livre de 2008 (Eds Lambert-Lucas), « De la notion au concept de transfert de Freud à Lacan », et après avoir rappelé quelles furent les différentes étapes de la découverte et de la théorisation de la question du transfert chez Sigmund Freud, puis analysé les inventions qui firent progresser cette question au cours de la reprise du problème du transfert par Lacan, j’ai résumé et condensé les résultats des avancées de Freud et de Lacan en ces seize points cruciaux suivants, lesquels amènent le sujet analysant et son psychanalyste au même point, celui de la rencontre de leur propre « manque à être » :

DU TRANSFERT
SEIZE points cruciaux :

1. Il existe un nécessaire et incontournable amour dans la cure psychanalytique. La cure est une cure d’amour, sauf que c’est comme à l’envers, c’est-à-dire, une cure de l’amour. Qu’il prenne la forme d’un amour ou d’une haine n’y change rien en son fond. Freud a appelé cet amour amour de transfert. Il est tissé des mêmes fils que l’amour ordinaire, celui qui nous fait tous souffrir un jour ou l’autre.

2. C’est un amour « authentique » (terme de Freud). C’est un amour vrai, dans l’actuel, un amour bien réel et non la simple répétition ou ré-édition d’un amour passé. Un amour dans le réel.

3. Mais le transfert est tressé de cet amour qui, en réalité, est triple. Il y a un amour dans l’Imaginaire, un amour dans le Symbolique et un amour dans le Réel. Le dernier, l’amour dans le Réel est une forme de l’amour dans l’impossible, cet amour qui unit en désunissant dans sa progression vers la différence (sexuelle) absolue, à chaque séance un peu plus, analyste et analysant.

4. Si l’amour dans le réel est cet impossible, c’est que s’est invité à cet endroit, au festin, le désir, lequel est causé par l’objet petit a que recèle, sans le savoir au début, le psychanalyste pour le psychanalysant, et…réciproquement. Le petit a possède, en outre, une redoutable dimension de plus-de-jouir.

5. Mais le transfert est quelque chose qui campe à la frontière de l’amour et du désir. Il est un remuant passeur de frontières, dans les deux sens. Il se présente ainsi tel un Janus bi-frons : d’un côté il réfère à l’amour, de l’autre au désir. Et ceci pour les deux protagonistes, analyste et analysant.

6. Mais l’analyste a un temps d’avance sur son analysant. Son parcours doit lui avoir permis de rencontrer et traverser l’amour imaginaire (castration imaginaire) et l’amour symbolique (castration symbolique). Il peut ainsi permettre l’accès à cette castration pour son analysant, et l’accompagner dans les arcanes des mêmes opérations qu’il a subies, traversées.

7. Mais il reste la question de l’amour dans le réel. Là, ils se retrouvent pris, ensemble, en couple, dans ce concubinage de l’impossible. Car cet amour n’est pas un amour ordinaire, ni un amour courant, ni un amour narcissique et névrotique, un amour qui s’aime en aimant l’amour, en un mot un amour improbable, quoiqu’un amour rêvé comme possible. Bien qu’averti, là où son analysant ne l’est pas encore, l’analyste est à une place homologue à celle de son analysant. Ils sont à des places quasi identiques. Et cette place est celle où le désir fait son office.

8. Le désir opère sur le front de l’objet et donc du manque. Il est sans représentation directe, sinon par le biais de l’amour où il se dégrade dans la demande. Il est poussé par l’insatiable pulsion en son circuit infini. Il est ce qui se dit, s’énonce et dé-range l’Autre. Il est ainsi un créateur d’angoisse. Il s’insère entre le besoin et la demande, sans être ni l’un, ni l’autre.

9. Du côté de l’analyste, le désir qui prime s’appelle le désir de l’analyste. C’est un désir qui désire qu’il y ait de l’analyse. Que l’on aille jusqu’au bout. Au bout de l’analyse.

10. L’amour de transfert est ainsi chevillé, non seulement à ce qui se passe chez l’analysant, mais aussi à ce qui se passe chez l’analyste concernant le désir d’analyste. Il doit s’y produire la métaphore de l’amour. L’aimé-désiré, ou voulant l’être, cesse sa plainte de ne pas être assez aimé ; il devient aimant-désirant. Changement, substitution de place, retournement, transfert : révélation de la signification de l’amour, comme s’exprime Lacan.

11. La tâche du psychanalyste est de révéler au sujet l’objet de son désir à partir de la demande d’amour.

12. A une seule condition, c’est que cet amour dans le réel, cet amour impossible qui enlace dans un ensemble invivable ou insupportable analyste et analysant, soit un amour qui réintègre en son sein le désir, qu’il s’y confonde, qu’il ne fasse qu’Un avec lui, comme dans la Grèce ancienne.

13. Qu’il s’agisse, alors, véritablement, d’un désiramour. Qu’il s’agisse, désormais, de désiraimer. Cette position qui conjugue le verbe désiraimer, c’est aussi celle, et la seule, qui se supporte du manque. Qui supporte le manque. Fondamental ou passager. Désiraimer, devient ainsi le seul accès, pour le sujet, qui lui reste, pour atteindre à la vérité de son désir.

14. La psychanalyse est donc bien cette discipline qui propose au sujet de nouer les trois dimensions de l’amour, appelé en cette situation et en ces circonstances amour de transfert. Nous devrions aborder dorénavant le transfert dans sa totalité, dans la triplicité de son nouage borroméen qui se décline en ses trois dimensions : imaginaire, symbolique et réelle.

15. La dimension réelle du transfert, où se tapit férocement en son cœur le désir, c’est alors celle qui ne méconnaît plus l’existence, la consistance et le trou que produit l’amour dans le réel, cet amour infernal qui enlace les deux protagonistes de la situation analytique et qui est cependant le seul amour à réintégrer la question sexuelle comme la question humaine cruciale, fondamentale, centrale et que Lacan a ramassé dans sa célèbre formule : « il n’y a pas de rapport sexuel ».

16. Enfin, le psychanalyste, c’est quelqu’un qui est animé du désir de l’analyste, ce qui lui confère une présence, unique, laquelle lui permet d’opérer de sa place de sujet supposé savoir. « […] c’est à la place où nous sommes supposés savoir que nous sommes appelés à être et n’être rien de plus, rien d’autre que la présence réelle et justement en tant qu’elle est inconsciente. », dit Lacan dans le séminaire Le Transfert [1960-1961].

Ainsi, si l’analyse débouche aussi, pour chacun, pour chacune, sur un nouvel art d’aimer,…il faut que ce soit autrement ! C’est même urgent ! Car il s’agit, hic et nunc, de désiraimer autrement.

 

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Lacan, Rome, 1974


Lacan, Rome, 1974.

«L’analyse, je ne sais pas si vous êtes au courant, l’analyse s’occupe très spécialement de ce qui ne marche pas ; c’est une fonction encore plus impossible que les autres (éduquer, gouverner), mais grâce au fait qu’elle s’occupe de ce qui ne marche pas, elle s’occupe de cette chose qu’il faut bien appeler par son nom, et je dois dire que je suis le seul encore à l’avoir appelé comme ça, et qui s’appelle le réel.

La différence entre ce qui marche et ce qui ne marche pas, c’est que la première chose, c’est le monde, le monde va, il tourne rond, c’est sa fonction de monde ; pour s’apercevoir qu’il n’y a pas de monde, à savoir qu’il y a des choses que seuls les imbéciles croient être dans le monde, il suffit de remarquer qu’il y a des choses qui font que le monde est immonde, si je puis m’exprimer ainsi ; c’est de ça que s’occupent les analystes ; de sorte que, contrairement à ce qu’on croit, ils sont beaucoup plus affrontés au réel même que les savants ; ils ne s’occupent que de ça. Et comme le réel, c’est ce qui ne marche pas, ils sont en plus forcés de le subir, c’est-à-dire forcés tout le temps de tendre le dos. Il faut pour ça qu’ils soient vachement cuirassés contre l’angoisse.

C’est déjà quelque chose qu’au moins ils puissent, de l’angoisse, en parler. J’en ai parlé un peu à un moment. Ça a fait un peu d’effet ; ça a fait un peu tourbillon. Il y a un type qui est venu me voir à la suite de ça, un de mes élèves, quelqu’un qui avait suivi le séminaire sur l’angoisse pendant toute une année, qui est venu, il était absolument enthousiasmé, c’était justement l’année où s’est passé, dans la psychanalyse française (enfin ce qu’on appelle comme ça) la deuxième scission ; il était si enthousiasmé qu’il a pensé qu’il fallait me mettre dans un sac et me noyer ; il m’aimait tellement que c’était la seule conclusion qui lui paraissait possible.

Je l’ai engueulé ; je l’ai même foutu dehors, avec des mots injurieux. Ça ne l’a pas empêché de survivre, et même de se rallier à mon Ecole finalement. Vous voyez comment sont les choses. Les choses sont faites de drôleries. C’est comme ça peut-être ce qu’on peut espérer d’un avenir de la psychanalyse, c’est si elle se voue suffisamment à la drôlerie.»

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Mort versus transmission


La psychanalyse est une discipline mortelle. Elle pourrait disparaître, mourir, sans que beaucoup s’en aperçoivent… C’est une question de transmission. Laquelle prend un relief tout particulier lorsqu’il s’agit de la psychanalyse, et pour autant que celle-ci n’est pas une science physico-mathématique au sens expérimental actuel (« science dure »), ou une science dite « humaine » (« molle ») ou encore une médecine. Elle n’est ni une religion, ni une philosophie, ni même une pédagogie ou quelque idéologie. Raisons suffisantes pour la voir nécessairement « mordre » sur ce monde et, au sein même de cet « immonde », pouvoir y rencontrer encore quelques « mordus » par Freud, par Lacan ou quelques autres…

Jacques Lacan rappelait souvent que Freud s’était préoccupé de la transmission de la psychanalyse. Le comité qu’il avait chargé de cette tâche n’avait rien pu faire d’autre que de se transformer en internationale, l’I.P.A.. On sait ce qu’il advînt de cette institutionnalisation de la psychanalyse, ce que Lacan déplora pour l’avoir lui-même éprouvé sous la forme de son « exclusion » de ladite internationale en 1963. Son « excommunication », comme il disait, se référant à celle, dite « majeure » vécue par Spinoza.

Lacan énonçait que Freud avait inventé cette histoire assez loufoque qu’il appela l’inconscient, allant même à supposer que l’inconscient pourrait bien être un délire freudien.

En 1978, il finit par dire :

« Tel que maintenant j’en arrive à le penser, la psychanalyse est intransmissible. C’est bien ennuyeux. C’est bien ennuyeux que chaque psychanalyste soit forcé – puisqu’il faut bien qu’il y soit forcé – de réinventer la psychanalyse.
Si j’ai dit à Lille que la passe m’avait déçu, c’est bien pour ça, pour le fait qu’il faille que chaque psychanalyste réinvente, d’après ce qu’il a réussi à retirer du fait d’avoir été un temps psychanalysant, que chaque analyste réinvente la façon dont la psychanalyse peut durer. […]
Alors comment se fait-il que, par l’opération du signifiant, il y ait des gens qui guérissent ? Car c’est bien de ça qu’il s’agit. C’est un fait qu’il y a des gens qui guérissent. Freud a bien souligné qu’il ne fallait pas que l’analyste soit possédé du désir de guérir ; mais c’est un fait qu’il y a des gens qui guérissent, et qui guérissent de leur névrose, voire de leur perversion.
Comment est-ce que ça est possible ? Malgré tout ce que j’en ai dit à l’occasion, je n’en sais rien. C’est une question de truquage. Comment est-ce qu’on susurre au sujet qui vous vient en analyse quelque chose qui a pour effet de le guérir, c’est là une question d’expérience dans laquelle joue un rôle ce que j’ai appelé le sujet supposé savoir. Un sujet supposé, c’est un redoublement. Le sujet supposé savoir, c’est quelqu’un qui sait. Il sait le truc, puisque j’ai parlé de truquage à l’occasion ; il sait le truc, la façon dont on guérit une névrose. […]
J’ai essayé d’en dire un peu plus long sur le symptôme. Je l’ai même écrit de son ancienne orthographe. Pourquoi est-ce que je l’ai choisie ? s-i-n-t-h-o-m-e, ce serait évidemment un peu long à vous expliquer. J’ai choisi cette façon d’écrire pour supporter le nom symptôme, qui se prononce actuellement, on ne sait pas trop pourquoi « symptôme », c’est-à-dire quelque chose qui évoque la chute de quelque chose, « ptoma » voulant dire chute.
Ce qui choit ensemble est quelque chose qui n’a rien à faire avec l’ensemble. Un sinthome n’est pas une chute, quoique ça en ait l’air. C’est au point que je considère que vous là tous tant que vous êtes, vous avez comme sinthome chacun sa chacune. Il y a un sinthome il et un sinthome elle. C’est tout ce qui reste de ce qu’on appelle le rapport sexuel. Le rapport sexuel est un rapport intersinthomatique. C’est bien pour ça que le signifiant, qui est aussi de l’ordre du sinthome, c’est bien pour ça que le signifiant opère. C’est bien pour ça que nous avons le soupçon de la façon dont il peut opérer : c’est par l’intermédiaire du sinthome.
Comment donc communiquer le virus de ce sinthome sous la forme du signifiant ? C’est ce que je me suis essayé à expliquer tout au long de mes séminaires. Je crois que je ne peux pas aujourd’hui en dire plus. » [1]

Lacan n’en dira pas beaucoup plus, car nous sommes à la Maison de la Chimie, à Paris, le dimanche 09 juillet 1978. Il vient de conclure le IXè Congrès de l’Ecole freudienne de Paris, consacré à la transmission. Il arrive à la fin de son œuvre et de sa vie. Le 05 janvier 1980, il va dissoudre son école. Jacques Lacan meurt à Paris, le 09 septembre 1981.

[1] Jacques Lacan, Lettres de l’Ecole freudienne de Paris, N°25 (II), juin 1979.

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Et vous ?

 

Et vous ?

Ceux et celles qui, actuellement, veulent exclure la référence à la psychanalyse dans les tribunaux, les hôpitaux et les universités, et bannir les psychanalystes en ces lieux, se font entendre avec fureur.

Et vous ?

Si vous ne souhaitez pas que la psychanalyse disparaisse de ces lieux essentiels de notre société et que les psychanalystes en soient rejetés, car vous savez que ce serait l’une des portes ouvertes incitatives au déferlement sans retenue de la barbarie, que plus rien dès lors n’arrêterait – souvenons-nous du XXè siècle et du tribut payé par les psychanalystes durant la seconde Guerre mondiale, par exemple, ou de l’exclusion de la psychanalyse comme discipline autonome -, alors manifestez-vous et ne laissez pas votre silence devenir, un jour pas si lointain, complice de cette tentative d’assassinat qui ne veut pas dire son nom, mais se drape dans les atours de la science, seulement en fait de son idéologie, soit de ce qu’on appelle le scientisme.

JML

(7.1.2020)

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De la perversion féminine

De la perversion féminine

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Une lettre ouverte pour la psychanalyse

Une lettre ouverte pour la psychanalyse
(07-01-2020)

 

À tous ceux qui se disent, donc se prétendent « psychanalystes » (car cela reste et restera toujours une prétention), à juste raison ou non, qui le croient, qui le pensent ou que l’on dit tels, à tous ceux qui pratiquent (car c’est avant tout, et après tout, une praxis), ce que depuis Sigmund Freud il est convenu d’appeler la psychanalyse (donc n’est pas la médecine psychiatrique, pas la psychologie dite clinique, pas plus toute forme actuelle de psychothérapie), soit comme psychanalystes, soit comme psychanalysants, à tous ceux-là, cette lettre ouverte.

Les temps changent. Un monde nouveau nous arrive. Les psychanalystes doivent se réveiller. Le temps, le monde est nouveau chaque jour. Il est à réinventer chaque jour, à prendre en compte, à écouter… Les psychanalystes se sont endormis parce qu’ils ont baissé la garde, ils ont oublié ce principe fondamental, pendant trop longtemps, selon lequel, leur place, leur fonction de psychanalyste n’est pas un acquis « une fois pour toutes ». Non, elle est à remettre en question chaque jour pour ne pas être « hors jeu ». Hors jeu du temps, de la vie, de la société, du monde réel, de la Cité… Les psychanalystes se sont endormis, par suffisance, orgueil, absence de doute, outrecuidance, arrogance, vanité, autosatisfaction, condescendance…
Pas tous. En tout cas certains d’entre nous qui ne souhaitent plus se laisser réduire à moins que rien, se voir, sans réagir, rejetés ou épinglés avec des aiguilles d’entomologiste par le mépris dans les rebuts de l’Histoire des idées et des pratiques d’un autre Âge. Si la croyance d’un savoir « extra-subjectif », la facilité, la vulgarité, le mensonge, le laxisme, la complaisance, la compromission, le capitalisme, le court-termisme… gagnent, ce sera le signe que la psychanalyse a échoué.

Ajoutons aujourd’hui une autre croyance, quasi-religieuse, celle du Marché qui ne fonctionne que sur l’adaptation mercantile de l’offre et de la demande, au soi-disant moindre coût pour le public, c’est le « toujours moins cher » !
Celle du scientisme qui veut à tout prix se faire passer pour la Science, alors qu’il n’est que son idéologie .
Celle de l’évaluation administrative qui ne vise, pour mieux nous gérer, qu’à éradiquer la notion perturbatrice de « sujet » et à nous réduire à la notion « d’individu » normé, cadré, policé, discipliné… Des individus, dont « on » crée par des algorithmes, selon des groupes homogènes, les besoins et les envies et même transformer des symptômes en maladies…
Celle de la psychothérapie qui veut tuer la psychanalyse dont pourtant elle se nourrit et qui la fascine, pour simplement prendre sa place le plus vite possible, mais pour quoi faire de plus ?
Les psychanalystes ont laissé croire, à la société, que la psychanalyse était une psychothérapie (ce qui n’est pas faut en soi), mais une psychothérapie au même titre que les autres. Or là est le problème. La psychanalyse n’est pas une psychothérapie comme les autres, ses fondements, sa pratique, ses objectifs sont tout autres… Les psychanalystes, en laissant faire, ont de fait, par leur silence, admis qu’elle pouvait être enseignée, transmise, inculquée, professée dans des lieux réservés à l’instruction : l’Université ou les écoles de psychothérapie…
La croyance, enfin, de l’industrie pharmaceutique qui n’a de cesse de vouloir nous réduire à l’homme-machine-bio à qui il manquerait toujours quelque chose qu’elle se charge bien sûr d’apporter.

À l’heure où la folie est, à nouveau, trop souvent aujourd’hui criminalisée, alors qu’elle devrait plutôt être accueillie et traitée, accompagnée, soignée, des voix se font entendre pour contrer cette erreur qui sera lourde de conséquences. Des psychanalystes y participent et pensent que la loi de 1838 est obsolète et doit être reprise autrement. À l’heure où le DSM V s’est installé, des voix, parfois les mêmes, s’élèvent pour dire combien cette approche du phénomène dit mental, de tout le champ psychique, est inconvenant car il vise à l’éradication de la notion même de sujet, patiemment construite par plus d’un siècle d’expérience de la pratique psychanalytique. Les psychanalystes sont jusque-là montés au créneau (Manifestes français, italien, espagnol…, contre le DSM), sans trop de retombées probantes.

A l’heure, enfin, où les professions et autres métiers qui se rapportent à ce champ du psychisme subissent une remise en question et un bouleversement créant, sorti d’on ne sait où, sinon de la pression des psychothérapeutes qui a rencontré, par bon heur, la peur panique du gouvernement contre le phénomène sectaire, un titre contrôlé et donc protégé par l’Etat, ce sont les psychanalystes qui sont déjà depuis quelques années exposés et, in fine, voués à disparaître dans toutes les têtes d’importance ou de pouvoir mais aussi, grâce au « remarquable travail » en ce sens des Média, en direction du grand public qui suit trop facilement la pente à la mode qu’on lui propose, voire impose sans autre forme de critique
Ce n’est évidemment pas faux, dira-t-on, mais c’est un peu trop facile de rejeter toute la faute sur « ces autres ». Ce n’est pas aux journalistes de contredire les critiques multiples et unilatérales contre la psychanalyse. Seuls les psychanalystes peuvent et doivent le faire, du fait justement de la singularité de cette discipline. Il faut avoir usé son pantalon sur le divan, consommé des tonnes de mouchoirs, s’être frotté soi-même et ardemment aux forces de l’inconscient, du transfert… Où sont les psychanalystes pour parler, pour dire quelque chose de leur singularité, en regard de la société, à la société, en dehors de leurs cercles inaccessibles et de leur « entre-soi » ? N’ont-ils finalement pas trouvé leur place dans la société d’aujourd’hui ?

Aujourd’hui, le titre de psychothérapeute doit être demandé et… mérité. On propose au psychanalyste de venir rejoindre le banc des psychothérapeutes d’Etat, sur une liste de… « psychothérapeutes d’orientation psychanalytique ». Notons bien, pas une liste de psychanalystes, encore heureux ! Pourquoi ? Parce que ceux qui lui demandent cela, au psychanalyste, le considère, ni plus ni moins, comme un ordinaire psychothérapeute, comme l’un des psychothérapeutes parmi tant d’autres ; Mais les psychanalystes ont-ils déclaré autre chose ? Comment voulez-vous que quelqu’un, en souffrance, démuni de ses facultés, en proie à l’angoisse et à son histoire, qui fait appel à l’autre, fasse la différence entre un psychothérapeute et un psychanalyste ? Les psychanalystes ne la font pas eux-mêmes ! Le tour de passe-passe est simple et même simplet. Le psychanalyste n’est considéré que comme un psychothérapeute. Signez là ! Psychanalystes, et vous serez, enfin, reconnus… comme psychothérapeutes.

Nous, psychanalystes, qui savons, pour l’avoir appris avant tout sur le divan, déjouer les pièges un peu plus retords de l’inconscient que celui que nous présentent sur un plateau d’argent (c’est le cas de le dire, car l’argent est l’un des ressorts essentiels de ce tour de prestidigitateur !) les services de l’Etat, allons-nous signer ? Allons-nous prendre la voie de la « servitude volontaire » et nous mettre, nous aussi, à détruire la psychanalyse en désertant ses rangs, faisant de nous, en quelque sorte, comment appeler cela autrement, des renégats de la psychanalyse, d’une psychanalyse qui nous a nourris et parfois « sauvés » de là où, sans espoir, nous souffrions, à qui nous devons tout ce que nous sommes devenus : des psychanalystes dignes de ce nom, freudiens et pour d’autres, freudiens aussi et lacaniens, qui n’acceptent pas de laisser glisser le signifiant à partir duquel ils ex-sistent ?

Vous êtes, nous sommes des psychanalystes, c’est notre prétention, nous exerçons quotidiennement cette étrange fonction à laquelle nous nous plions, qui ne ressortit  pas d’un être (pas d’être du psychanalyste, merci Lacan !) comme nous ne sommes pas sans le savoir, mais la langue est ainsi faite qu’il faut bien s’exprimer socialement de la sorte pour le public et ceux qui nous gouvernent.

« Psychanalystes pas morts, lettre suit ! ».

C’est plutôt à la lettre qu’il nous faut le rester, psychanalystes. Lorsqu’on cède sur les mots, disait Freud, l’on cède sur les choses. La psychanalyse transformée en psychothérapie et les psychanalystes transmués autoritairement en psychothérapeutes.         Aujourd’hui comme hier, les psychanalystes, en France sont libres d’exercer leur métier. Si aujourd’hui il existe un Master 2 de psychanalyse ou des Écoles de psychothérapie d’orientation psychanalytique, ce n’est pas à cause d’un régime politique totalitaire, autoritaire, despotique. Les psychanalystes, à l’Université, l’ont voulu.

Vous êtes, nous sommes des psychanalystes, nous pratiquons pour tout demandeur qui s’y risque, et si nous l’acceptons, cette toujours énigmatique chose qui s’appelle la psychanalyse, telle est notre étrange fonction au regard du monde. Nous ne sommes pas et ne serons jamais des psychothérapeutes agréés par les services de l’Etat, sauf à nous leurrer nous-mêmes les premiers.

Psychanalystes, souvenons-nous de l’exemple italien (loi 56) qui a vu la fin des psychanalystes laïcs selon le même procédé de sirènes que l’administration française met en œuvre aujourd’hui, dans sa légitime logique, à votre endroit : siphonner les rangs des psychanalystes pour les faire devenir, d’eux-mêmes de préférence  – dans un premier temps, on verra plus tard pour la forme autoritaire s’il y a lieu -, des psychothérapeutes agréés par l’Etat. Exit alors le psychanalyste et la psychanalyse, laïcs du nom.

Disons NON aux sirènes ! Rejoignons nos cabinets, nos consultoires, là où est notre place, notre place pour y exercer, pratiquer notre seule fonction de tenir bon face au symptôme. Tâche ingrate autant que magnifique, tâche à laquelle toute leur vie durant un Sigmund Freud, comme un Jacques Lacan, comme bien d’autres encore, ne renoncèrent. Un psychanalyste meurt dans son fauteuil, il n’est pas dans ses idées d’être cité à l’ordre de la Nation. Le dés-ordre reste son lot.

Et c’est bien ce qui est ici à entendre : faisons notre boulot de psychanalyste, vraiment, entièrement, sans compromis. Cependant, le travail, la tâche en ce monde d’un psychanalyste ne s’arrête pas là, à son cabinet. Il fait, aussi, parti de la société, de la Cité.
L’aurait-il oublié au fil du temps ? En ça, il a aussi une responsabilité sociétale. On ne peut comprendre quelque chose de la psychanalyse qu’en en faisant une ! Certes, c’est comme la natation ! Toutefois, les psychanalystes doivent apporter leur éclairage singulier sur les questions de société, de vie, de désir, d’amour et de mort… On doit, la société doit pouvoir les entendre, arriver à les entendre,… si eux-mêmes s’en donnent, aujourd’hui, un tant soit peu la peine.

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