Psychiatre « versus » psychanalyste

Un psychiatre est un médecin qui a fait une spécialité médicale qui s’appelle la psychiatrie (4 années d’internat): son acte est un acte médical (c’est-à-dire remboursable par la SS car répertorié au Code de la Santé Publique), qu’il prescrive des psychotropes ou qu’il pratique des séances de psychothérapies.
Un psychanalyste est une personne qui, ayant poussé son analyse personnelle jusqu’à sa fin, est passée du divan (de l’analysant) au fauteuil (de l’analyste). Ainsi après avoir été (complètement) analysé, il peut prétendre analyser un autre à son tour. Mais il lui faut, en outre, c’est plus raisonnable, s’inscrire dans un école ou une institution d’analystes afin de travailler avec ses pairs, réfléchir à la théorie, parler individuellement et collectivement de sa propre pratique, y être reconnu.
Un psychiatre peut donc devenir psychanalyste (il ne l’est pas « naturellement » en tant que psychiatre), un psychologue de même, mais, théoriquement, toute personne, pas nécessairement médecin ou psychologue diplômés.
Et ce, depuis Freud
L’acte psychanalytique (la séance) n’est pas un acte médical. Il ne doit (devrait) ainsi pas être remboursé.

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La révolution freudienne

La révolution freudienne

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L’Hôpital Général : – Une expérience publique de la psychanalyse

Au séminaire de Françoise Meyer et Pierre Gorce intitulé « L’institution dans tous ses états », j’ai discuterai le 23 janvier 2014 de la pertinence de la double question suivante : quelles place et fonction pour un psychanalyste à l’hôpital général, aujourd’hui?

La psychanalyse est-elle une pratique qui n’a cours que dans la cure? Le psychanalyste, l’est-il encore, en dehors de son cabinet?

La psychanalyse est une invention de méthode pour atteindre un certain niveau d’appréhension du réel humain. La méthode psychanalytique est transportable hors des conditions de la pratique du cabinet ; le psychanalyste est cette méthode même, en acte. Car si le psychanalyste se transporte en un autre lieu -ici l’hôpital général-, il transporte dans le même mouvement la psychanalyse comme méthode. Ainsi la question se reporte-t-elle sur le psychanalyste.

L’hôpital général, une expérience publique de la psychanalyse

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Je suis un psychanalyste français

Je suis un psychanalyste français, ce qui veut dire que ma langue, que l’on appelle maternelle, est le français.

J’ai, à peu près, aujourd’hui, quarante d’années d’expérience de cette praxis originale que Sigmund Freud a inventée sous le nom de psychanalyse, comme psychanalysant, contrôlé, puis psychanalyste et contrôleur moi-même. J’approche les soixante-dix ans.

Ma légitimité, – question cruciale en notre métier où l’université médicale ou de sciences humaines ne peut répondre par la délivrance de ses diplômes qui, en notre domaine disciplinaire, ne garantiraient à peu près rien, seraient-ils nationaux -, je la tiens de pouvoir, parmi mes pairs et à la suite de mes maîtres, me compter.

J’appartiens à la cinquième génération des psychanalystes dans le monde depuis Freud. Je peux ainsi décliner ma filiation  : Freud (0) eut, parmi ses premiers élèves, Hanns Sachs (1), qui analysa Rudolph Loewenstein (2), lequel fut l’analyste de Lacan (3). Ce dernier aura, parmi ses premiers élèves, Serge Leclaire (4). « Le premier psychanalyste lacanien », selon Elisabeth Roudinesco[1]. Je suis l’un des élèves de Leclaire, j’appartiens donc aussi à la deuxième génération des lacaniens. Ayant suivi l’enseignement de Lacan vivant, ce qui s’appelait son Séminaire, ayant pratiqué et m’étant déclaré praticien à son école du 69, rue Claude Bernard à Paris, je peux me dire disciple de Lacan, membre de son école et élève de Leclaire. Je ne suis donc pas un enfant illégitime du lignage freudien et de la psychanalyse. Freudien, je suis un lacanien.-

Aujourd’hui, et depuis un certain nombre d’années déjà, je m’aperçois que je dispense une sorte de « formation » à quelques-uns de mes analysés ou de mes contrôlés, formation dont je ne me suis pas tout de suite aperçu moi-même, mais dont j’ai fini par être averti par ceux-là mêmes qui m’en témoignaient quelque chose, parfois à leur insu. Une transmission ainsi s’effectue, je me dois de le constater, pour ceux qui viennent, à mon cabinet, me demander une analyse ou un contrôle, et spécialement quand ils prennent soin d’en pousser, avec un certain courage, ce qui n’est pas donné à tout le monde, jusqu’à son terme ladite effectuation. Alors, mais alors seulement, ils rencontrent, lacaniennement, que l’analyste ne s’autorise que de lui-même.


[1] Elisabeth Roudinesco, Histoire de la psychanalyse en France, 2 tomes, Seuil, 1986.

 

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Trois conférences d’automne : DES TROIS PASSIONS SELON LACAN (L’amour, la haine et l’ignorance)

ANNEE 2013-2014

Première conférence d’automne_L’amour

Deuxième conférence d’automne_La haine

Troisième conférence d’automne_L’ignorance

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Rompre le médecin à la relation

Les très significatives réponses des généralistes aux questionnaires réitérés depuis belle lurette, par exemple parmi d’autres, celui, déjà ancien, du « Quotidien du Médecin » (numéro du 7 mars 1995), et les articles nombreux qui régulièrement soulèvent cette question, indiquent l’extrême nécessité, quoi qu’on dise, de rompre le médecin à la relation avec son patient.

Le savoir scientifique et le savoir-faire technique, conditions sine qua non de la compétence médicale, ne suffisent pas plus à faire le médecin, qu’à prendre soin de l’homme souffrant. La formation à la relation médecin-malade-maladie (et non pas seulement médecin-malade) devrait être reconsidérée dans ses exigences spécifiques. Elle n’est pas fondée sur l’intersubjectivité, mais au contraire sur son absence. C’est précisément cette absence et ce qui vient à sa place – tout ce qu’imagine le médecin de « son » malade, et tout ce qu’imagine le malade de « son » médecin -, qui mène le jeu de ladite  « relation ». Cette relation se spécifie d’un lien particulier où le médecin a à se repérer. A quelle place met-il son malade ? A quelle place le malade le met-il et de quelle place lui répond-il ? Pourquoi répond-il ainsi à celui-ci et pas à celui-là à propos d’une même situation pathologique ? A son insu le médecin s’implique subjectivement plus qu’il ne le pense et plus qu’il n’est souvent prêt à l’admettre. Et cela s’appelle le transfert.

C’est cette implication transférentielle qui peut faire l’objet d’un travail de prévention, un travail de repérage en petit groupe. Il permet, à partir de cas personnels apportés et discutés par les participants, sous le sceau du secret, de cerner, de serrer au plus près toutes les dimensions de la question, et ainsi de prendre en compte les effets transférentiels au sein desquels les place leur pratique médicale. Un effet d’enseignement s’en recueille qui bénéficie à chacun dans sa pratique professionnelle, mais aussi dans toute sa vie relationnelle. Quand on veut guérir, il faut aussi prévenir.

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Lacan

- Première partie : http://www.youtube.com/watch?v=ahuNN96G7jM#t=158
– Deuxième partie : http://www.youtube.com/watch?v=h5seDIumGwQ
– Troisième partie : http://www.youtube.com/watch?v=ZYWf2nbF-wg
– Quatrième partie : http://www.youtube.com/watch?v=kfmYy0kb5Ho
– Cinquième partie : http://www.youtube.com/watch?v=WFS4hIZPP0U

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L’hystérie existe…

L’hystérie existe, car elle a plus d’un tour dans son sac, jusqu’à aveugler ceux qui pensent l’avoir définitivement cernée et réduite à ses symptômes que l’on nous feraient prendre aujourd’hui pour des maladies, maladies « nouvelles », bien sûr, et autonomes, car seule la nouveauté, même si elle est fausse, est réputée relancer le désir du public avide de voir comment la science peut enfin venir à bout de tout, de l’hystérie y compris.

Non, l’hystérie est suffisamment « plastique » pour traverser les siècles et faire la nique à n’importe qui aujourd’hui, ceux qu’on appelle les « psy », tout spécialement !

Et ce n’est pas d’hier !

Dès les textes de l’Egypte ancienne, certains états pathologiques sont attribués à la migration de l’utérus, organe que l’on retrouve dans l’étymologie grecque du mot « hystérie », Ưστέρα qui veut dire « matrice »…

Mais il est à remarquer que le terme, en français, n’apparaît d’abord sous sa forme adjectivée : « hystérique », qu’au XVIè siècle, en 1568, par emprunt au latin hystericus, en provenance, bien sûr, du grec Ūστερικωσ.

Le mot « hystérie », le substantif, que l’on connaît aujourd’hui, ne s’inscrit ainsi que depuis le deuxième tiers du XVIIIè siècle, et dont l’émergence est très exactement repérée dès 1731.[1]

Ainsi, les premières notions connues de l’hystérie ne sont pas, pour nous, latines, ni grecques, c’est-à-dire hippocratiques, mais datent de l’Antiquité égyptienne :  – le papyrus dit « papyrus de Kahun » ou tout simplement « papyrus Kahoun », par exemple, qui date de 1900 ans avant Jésus-Christ, c’est-à-dire d’il y a…3 906 ans aujourd’hui, d’il y a plus de 40 siècles donc, décrit parfaitement les troubles causés par un utérus supposé baladeur, et même les traitements pour en venir à bout.

Cependant, dans notre ère culturelle occidentale, c’est à la Grèce antique , qu’il faut se référencer, puisque cette…cette quoi ? Affection ? Maladie ? Névrose ? Structure psychique ? Ce symptôme, ce discours… ?, y origine son terme, issu de la langue grecque : hustera, c’est la matrice, l’utérus.

Dans l’Antiquité on ne fait pas mystère de l’husteria. Et, bien entendu chez Hippocrate et ses élèves où l’hystérie est considérée comme une maladie organique d’origine utérine, et par-là même spécifiquement féminine. Cette maladie, dans le Corpus hippocratique, a la particularité d’affecter le corps en son entier par des, je cite, « suffocations de la matrice ». Platon, par exemple, reprend dans son Timée, la thèse hippocratique. Il souligne que la femme, et ceci à la différence de l’homme, porte en son sein un, je cite, « animal sans âme ». Il s’agit, vous l’aurez compris du fameux utérus. Le grand Platon (428-348 av. J.-C.), contemporain d’Hippocrate, dira : « Chez les femmes ce qu’on nomme la matrice ou utérus est en elle comme un vivant possédé du désir de faire des enfants. Lorsque que pendant longtemps et malgré la saison favorable, la matrice est demeurée stérile, elle s’irrite dangereusement ; elle s’agite en tous sens dans le corps, obstrue les passages de l’air, empêche l’inspiration, met ainsi le corps dans les pires angoisses et lui occasionne d’autres maladies de toute sorte. »[2]

Le remède préconisé, à cette maladie qui est, comme il a été dès longtemps remarqué, celle des vierges et des veuves, consiste à faire revenir l’utérus errant à sa place qu’on lui suppose naturelle. Par quels moyens ? Les rapports sexuels, les travaux manuels et les grossesses. Ceux-ci, intensément pratiqués, devaient être de nature à calmer l’activité fébrile des hauteurs de la tête, laquelle sujette à l’oisiveté et à la rêverie, l’emportait trop aisément et trop souvent sur ce qui se situe plus en-bas, pensaient en tout cas…qui ? Les hommes évidemment… !

Ainsi la femme est considérée comme proche de l’animalité. Mais tel restera durant des siècles le destin de la femme, et, à fortiori, de la femme hystérique : un animal.

Depuis la nuit des temps égyptienne, mais aussi depuis la médecine hippocratique des grecs du au célèbre Hippocrate (460-377 av. J.-C.), cette approche de l’hystérie noue deux traits qui vont s’avérer lourds de conséquences dans l’Histoire : 1) le déficit fonctionnel d’un organe, et pas n’importe lequel, un organe dit « sexuel » et… ; 2) par voie de conséquence anatomo-physiologique, un déficit concernant les femmes.

La force des textes attribués à Hippocrate sur ce sujet, ce que l’on appelle le Corpus hippocratique perdurera activement jusqu’au XXème siècle.

Chose frappante, Hippocrate parle de la même façon de l’hystérie que les Egyptiens du papyrus Kahoun, mais les élèves d’Hippocrate et ses successeurs dans l’histoire de la médecine, Celse, médecin romain, Celsius Aulus, né en 53 avant J.-C., Aretée et surtout, au IIème siècle, le célèbre Claude Galien (131-201), médecin grec exerçant à Rome, en font de même.

Pourtant, seul le nom d’Hippocrate traversera les siècles pour donner à l’hystérie dans l’esprit de chacun une origine utérine et une explication pour ces symptômes de convulsions, de boule dans la gorge, de paralysie : ils surviennent en raison d’une constriction et d’une suffocation provenant de la migration –migration du bas vers le haut -, de l’utérus, diront tous ces auteurs.

Arrive le Moyen-Age…

C’est le christianisme qui, à partir de saint Augustin (354-430), bouleverse cette étiologie. Sous l’influence des conceptions augustiniennes, on renonce à l’approche médicale de l’hystérie. Le mot même tombe en désuétude. Les convulsions et les fameuses suffocations de la matrice apparaissent aux yeux des chrétiens comme exprimant un plaisir sexuel, donc un péché. On attribue au diable d’intervenir ici et comme d’habitude d’une manière trompeuse. Il est capable de simuler les maladies des femmes. Il entre ainsi dans leur corps pour les « posséder ». L’hystérique devient la sorcière.

Et la jouissance du sexe ne peut plus être un remède, pourquoi ? Parce que, contrairement à l’Antiquité, la nature, bien que mère de tout ce qui vit, n’est plus alors considérée comme un principe d’ordre.

Le symptôme hystérique est un excès, il est démesure : ignorance de la nature ou transgression de ses lois. Mais cela ne suffit pas, car la nature elle-même est désordonnée et trompeuse à cause du mal qui s’introduit partout avec les esprits mauvais, ou trompeurs, et autres démons. Car toute l’humanité est un enjeu sans fin pour le combat que se mènent les forces du mal et celles du bien, Satan et Dieu. Dans une telle lutte perpétuelle, qui est de l’ordre de l’esprit, les symptômes somatiques par lesquels l’hystérie  « se montre », « s’expose » (écrivez-le comme vous le voulez) font signe d’un triomphe de l’influence du Diable. La sorcellerie est décrite comme une complicité fautive avec les forces du mal, au cours d’une tentation que Dieu laisse au croyant pour éprouver sa foi.

L’hystérie change de nom, elle prend l’appellation de « possession diabolique ». Il faudra attendre un Jules Michelet (1798-1874) pour redécouvrir au XIXème siècle, sur un mode positif, la sorcière, en fait l’hystérique de la sombre période inquisitoriale moyenâgeuse.

L’Eglise, catholique et romaine, armée de l’Inquisition, se dote d’un redoutable manuel de torture des corps féminins (et masculins), le Malleus Maleficarum (le Marteau des Sorcières), publié en 1487. Celui-ci permet de « détecter » les cas de sorcellerie et de les envoyer au bûcher, et tout spécialement les femmes. C’est la chasse aux sorcières. Et cela va durer encore ainsi durant tout le XVème, le XVIème et le XVIIème siècle et une partie du XVIIIème siècle dans toute l’Europe. Mais, entre-temps, la Renaissance vînt…

En même temps que les procès en sorcellerie continuent, la Renaissance advient… Et c’est une lutte terrible qui a lieu, progressivement, entre les médecins et les théologiens. Ceux-ci et ceux-là se disputent, en somme, le corps des femmes !

Car, avec la Renaissance, s’instaure un retour à l’Antiquité. L’hystérie redevient une maladie, au sens médical que comporte ce terme. Elle relève à nouveau de causes internes et naturelles, seule voie, en effet, à autoriser la naissance d’une science à la fois se voulant théorique et thérapeutique. L’hystérie est une maladie pour le médecin, il faut en rechercher, comme pour toutes les maladies, son étiologie.

C’est donc d’abord l’opinion médicale qui cherche à résister puis à contrer les théologiens, l’Eglise, autour de la question des procès en sorcellerie. Le médecin allemand Jean Wier (1515-1588), dès le XVIème siècle donc, prend la défense de celles que l’on appelle « les possédées ». Il souligne qu’elles ne sont point responsables de leurs actes et que ces convulsionnaires doivent être considérées comme des malades mentales. C’est en pleine guerre de religions, en 1554, à Bâle, qu’il publie un livre qui a un grand retentissement et qui s’intitule : L’imposture du Diable. Grâce à ses protections princières, il évite alors de justesse les poursuites ecclésiastiques et romaines lui promettant le bûcher. La guerre est déclarée. Elle sera progressivement gagnée par la médecine et l’opinion publique contre la théologie. Mais il y faudra du temps…

A partir du XVIIème siècle, et à fortiori à partir du XVIIIème siècle, c’est bien par l’interrogation et la démarche scientifiques en train de naître dans la médecine que quelque chose de fondamental va changer dans l’abord de l’hystérie. Et tout d’abord, par cette question de l’étiologie, se demandant, pour cette affection : quelle est sa cause ?

Trois courants vont s’affronter. Ils sont bien distincts : un courant organiciste, un courant psychique, et un troisième courant qui est une sorte de troisième voie…

1) Le courant organiciste, en Grande-Bretagne, avec Jorden, Burton et

William Cullen (1710-1881, l’introducteur du terme de « névrose » dès 1769). La théorie utérine d’Hippocrate, remise à l’ordre du jour, ne le sera pour ces médecins que pour mieux la contester. Elle est contestée au nom…de la neurologie. L’hystérie est décrétée provenir d’un trouble nerveux siégeant dans le cerveau. Telle est sa localisation.

C’est de là, d’ailleurs, que vient l’idée d’une hystérie masculine. Charles Lepois (1563-1633), médecin français, né à Nancy, fut le premier à l’établir en 1618. Cette hypothèse cérébrale a pour effet une certaine désexualisation de l’hystérie, tout en ne renonçant pas à la conception « animale » de la femme. Au XVIIème siècle, l’ancienne suffocation de la matrice laisse la place aux émotions telles qu’exprimées par des « vapeurs », des « humeurs ». Michel Foucault écrira : « Jusqu’à la fin du XVIIIème siècle, jusqu’à Pinel, l’utérus et la matrice demeureront présents dans la pathologie de l’hystérie, mais grâce à la diffusion par les humeurs et les nerfs et non par un prestige particulier de la nature. »[3]

2)  Le courant psychique est représenté en Grande-Bretagne par Sydenham

(1624-1689) et en France par Philippe Pinel (1745-1826). C’est la naissance d’une pensée qui énonce que l’étiologie de l’hystérie ressortirait d’un fondement psychique. N’étant pas une maladie organique cérébrale, elle devient alors curable. Elle est un désordre des passions d’où s’engendrent des conséquences somatiques. En un mot, c’est une aliénation mentale, c’est-à-dire une affection de l’esprit. Elle ressortit donc d’un traitement psychique. Ce traitement psychique, ne nous leurrons pas, ce ne sera que le fameux « traitement moral », sorti tout armé de la tête de Philippe Pinel et politiquement adopté pour son avantage qu’il procure dans une perspective de traitement social des désordres privés et publics produits par nos chères hystériques. Etienne Jean Dominique Esquirol (1772-1840), son élève et continuateur, l’inspirateur de la loi de 1838 sur l’internement, sera celui qui généralisera ledit traitement moral au travers de la création des grandes institutions psychiatriques qui se fondent à cette époque et auxquelles il apporte son vivant concours.

La révolution pinélienne, de désincarcération des « insensés », qui eut lieu ici, à la Salpêtrière (libération de leurs chaînes des « folles de la Salpêtrière »), donne naissance, c’est son point de départ, à l’aliénisme moderne, d’où sortira cette discipline, appelée plus tard, au XXème siècle, la psychiatrie.

Elle met irréversiblement un point final aux thèses démonologiques. Elle débouche sur une conception franchement psychiatrique de la maladie mentale, laquelle incluse désormais l’hystérie.

3) C’est principalement à partir du XVIIIème siècle que va se distinguer une

troisième voie. Et vous allez voir pourquoi, et en quoi, c’est celle qui nous intéresse cette année.

Cette voie, c’est celle de Braid en Grande-Bretagne et Mesmer en France.

Autour de 1840 les médecins anglais se découragent de poursuivre leurs études infructueuses sur le magnétisme. En 1843, James Braid, médecin écossais (1795-1860) construit, à partir du grec hupnos, qui veut dire « sommeil », forge le mot « hypnotisme ». Ainsi l’ancienne théorie fluidique, celle de Messmer dont je vais reparler à l’instant, se voit remplacée par la notion de stimulation physico-chimico-psychologique. Braid montre alors l’inutilité des interventions issues du magnétisme mesmérien.

Mais ce sera surtout, magistralement, l’avancée de Charcot, ici, à la Salpêtrière, don nous reparlerons plus avant !

Néanmoins, c’est bien avec Franz Anton Mesmer que s’est déjà opéré, en plein milieu du XVIIIème siècle le passage d’une conception démoniaque de l’hystérie, c’est-à-dire ne l’oublions pas, aussi de la folie, à une conception savante. Mesmer a construit une théorie. C’est une théorie dite du « magnétisme animal ». Elle est fausse. Mais, à partir de sa théorie erronée, il  soutient que les maladies nerveuses ont pour origine un déséquilibre concernant la circulation et la distribution d’un « fluide universel », comme il s’exprime. Il suffit, explique-t-il, au médecin qui se fait ainsi « magnétiseur », de provoquer des crises convulsives chez ces patients, lesquels sont en général des femmes, c’est-à-dire, des patientes. En leur rétablissant ainsi leur équilibre fluidique il affirme qu’il les guérit.

Cela n’a l’air de rien ainsi raconté, mais ce fut alors de cette conception que naquit la première psychiatrie dynamique, celle qui osa mettre à l’honneur les « cures magnétiques » où tout Paris, féminin de préférence, se pressait dans « les baquets de Mesmer ».

L’hystérie échappe désormais à la religion, c’est une « maladie des nerfs ». Mesmer montre, en 1775, que les guérisons obtenues par l’exorciste Josef Gassner relève de ce que lui, Mesmer, appelle le magnétisme. C’est une grande victoire, et définitive, et l’hystérie passe dès lors du sacré au profane.

De Pinel à Charcot, deux grandes tendances vont cependant s’affronter et ferrailler. D’une part les tenants de l’organicisme, pour lesquels l’hystérie est une maladie du cerveau de nature purement physiologique ou à substrat franchement héréditaire. D’autre part, les partisans de la psychogenèse, pour lesquels il s’agit d’une affection psychique, autrement dit d’une névrose. Le mot qui fera florès est prononcé. On a vu plus haut qu’il est du à William Cullen, un médecin écossais qui l’a introduit dès 1769. Celui-ci classe sous cette appellation toutes les affection mentales dont il ne trouve pas d’origine organique. Il les qualifie ainsi de « fonctionnelles ». Ce qui veut dire qu’il n’y a pas d’inflammation ni de lésion d’organe au lieu même où apparaît la douleur. Ces affections sont bien alors nommées des « maladies nerveuses ».

Mais il faut aussi savoir que, dans le même temps, et sur les ruines et reliefs du magnétisme mesmérien alors dépassé, un courant thérapeutique, dont le parcours passe inéluctablement par l’hypnose, est en train de se développer. Il est à l’origine de l’efflorescence des psychothérapies modernes au sein desquelles va se détacher, sans doute la plus novatrice et la plus théorisée, et que l’on nomme depuis Freud : la psychanalyse.

Jean-Martin Charcot (1825-1893) est ce médecin neurologue, qui est nommé à la première chaire mondiale de neurologie créée à la demande du président du Conseil Léon Gambetta (1838-1882), et dont l’élève Babinski (1857-1932), qui détruira sa théorie de l’hystérie, sera à l’origine de l’émergence à vocation purement scientifique de l’école française de neurologie. Charcot traitera de l’hystérie en liant l’hypnotisme avec la névrose. C’est tout de même lui, Charcot qui redonne une dignité à l’hystérie. Il abandonne la thèse de la présomption de la cause utérine. Et il refuse de prendre en compte  – tout au moins officiellement -, l’étiologie sexuelle de l’hystérie. Cependant, il fait de cette affection une névrose. Il libère ainsi les femmes hystériques du soupçon de simulation qui leur était jusque-là imputé en montrant, sous hypnose, qu’il ne s’agit pas de crise épileptique vraie mais de crise hystérique provoquée et revoquée à volonté par l’hypnotiseur. Charcot, c’est le surgissement de la notion moderne de névrose hystérique. Celle-ci ne survient pas à n’importe quel moment. Entre 1870 et 1900, les sociétés occidentales deviennent des sociétés où la science prévaut et l’industrie décolle. Le bouleversement sociétal s’accompagne d’une véritable épidémie de symptôme hystériques comme en réponse à ce dernier.

Charcot est ce personnage que tout pousse au maître : la carrière médicale, sa nomination à la Salpêtrière, sa vie de grand bourgeois du faubourg Saint-Germain. Son hôtel particulier du  boulevard Saint-Germain où le tout-Paris médical, intellectuel et artistique se presse est actuellement le bâtiment de la Maison de l’Amérique latine. Il est bien ainsi ce maître qu’appelle l’hystérique.

Car écrivains, médecins, historiens s’accordent en ce temps de l’histoire parisienne pour apercevoir dans les crises des croissances déchaînées de la société industrielle et bourgeoise et les femmes du peuple (les cas présentés par Charcot sont toutes des femmes du peuple) les signes convulsifs de la nature féminine indomptée, indomptable…

Charcot ramène l’origine de l’hystérie à une cause traumatique. Cette cause est pour lui en lien avec le système génital (abus sexuels subis). Mais l’hystérie de Charcot est une maladie fonctionnelle, bien que l’origine en soit héréditaire. Elle affecte aussi bien les femmes que les hommes (il reprend là les thèse de Lepois). La cause traumatique prend appui sur les conséquences post-traumatiques des accidents de chemin de fer, fréquents à cette époque, et des affections hystériques observées en aval, touchant aussi bien les femmes que les hommes.

Mais ne nous y trompons pas. Charcot n’utilise pas l’hypnose pour soigner et guérir l’hystérie.  Il se sert de l’hypnose pour démontrer, au cours de ses présentations des « Leçons du mardi », le bien-fondé de ses hypothèses. Charcot est un théoricien de la névrose, hystérique en l’occurrence. Il montre que l’hystérie n’est pas une maladie du siècle, qu’il s’agit plutôt d’un mal structural qui nécessite une nosographie bien spécifique. Il se servira des œuvres d’art du passé pour montrer qu’elle fut de tout temps repérable. Ainsi, en 1887, il publiera avec son élève Paul Richer (1849-1933) Les Démoniaques dans l’art.

Lorsque le jeune Freud, l’ « élève de médecine » Sigmund Freud, arrive à Paris pour rencontrer Charcot, dans l’automne-hiver 1885-1886, Joseph Breuer lui a déjà parlé de sa patiente qui deviendra le cas Anna O des Stüdien über Hysterie ( des « Etudes sur l’Hystérie), de 1895. Le cas remonte à 1882. Mais il ne vient pas porteur de ce cas. Il apporte avec lui son travail de chercheur en neurologie : des coupes de gonades de lamproie. Lesquelles n’intéresseront absolument pas Charcot.

Par contre Freud assiste ébloui, fasciné, à ses démonstrations cliniques sous hypnose, à la Salpêtrière, d’octobre 1885 à février 1886. Par la suite, il y aura entre les deux hommes un échange de lettres et Freud traduira en Allemand le premier volume des Leçons du mardi de Charcot. A sa mort, en 1893, il lui consacrera un article nécrologique remarqué où l’on pourra lire, entre autres ceci : « Ce n’était pas quelqu’un qui rumine, ni un penseur, mais une nature artistiquement douée selon ses propres termes, un visuel, un voyant. » Un peu plus loin, Freud fait une comparaison de Charcot avec Georges Cuvier (1769-1832) le grand anatomo-comparatiste animalier, en opposant sa démarche à celle de la clinique allemande : « Nous étions un jour un petit groupe d’étrangers réunis, qui, élevés dans la physiologie académique allemande, l’importunions en argumentant ses innovations cliniques : ‘’Mais cela ne peut pas être’’, lui objecta l’un d’entre nous, cela ‘’contredit la théorie de Young-Helmholtz ‘’. Il ne répliqua pas. ‘’ Tant pis pour la théorie, les faits cliniques ont la préséance’’, etc., mais il nous dit bel et bien, ce qui nous fit une grosse impression : ‘’La théorie, c’est bon mais ça n’empêche pas d’exister ». »[4]

Alors, pour conclure aujourd’hui, demandons-nous qu’est-ce qui les fascinait ces deux-là, Charcot et le jeune Freud,  mais aussi Breuer, et en vrac, Hippocrate, Galien, Mesmer, Braid, Cullen, etc…, et tous les cliniciens. Car, ne l’oublions pas, avec la réplique de Charcot, c’est bien plus les cliniciens que les théoriciens qui réformèrent et approchèrent vraiment de plus près la question de l’hystérie.

Voici résumé ce tableau que retiennent lesdits « cliniciens » de tous poils :

- Deux ordres de signes sont repéré: les uns permanents (paralysies, troubles sensitifs et sensoriels ; certains de ces signes : anesthésie, rétrécissement concentrique du champ visuel , etc. constituant les classiques stigmates de l’hystérie), les autres transitoires, se manifestant généralement d’une façon bruyante (crises épileptiformes, accidents tétaniformes, sensation de « boule pharyngienne », attaques ou convulsions de type épileptoïde ). Le caractère commun de ces manifestations est de ne répondre à aucune systématisation nerveuse anatomique ou physiologique.

- L’hyperexpressivité des idées, des images et des émotions inconscientes. Les symptômes psychomoteurs, sensoriels ou végétatifs constituent les phénomènes de conversion. La personnalité sous-jacente se manifeste par la suggestibilité, le théâtralisme et les troubles sexuels.

- A chaque fois, en tout cas, des manifestations, à expression dramatique, corporelle et affective….Bien que l’on se rende compte assez vite qu’aucun symptôme ne puisse être dit « typique », car son contraire se rencontre tout aussi bien. Du côté de l’humeur :  rires et pleurs,  dépression et euphorie, froideur des sentiments et chaleur du verbe. Du côté de la mémoire, amnésies et souvenirs détaillés. Du côté des stigmates sensoriels, hyperesthésie et anesthésie (selon un découpage qui ne se préoccupe nullement de l’anatomie nerveuse), aphasie et volubilité, mutisme et attrait pour la rumeur, cécité et hallucination, anorexie et boulimie, aménorrhée et hyperménorrhée. Du côté des troubles moteurs,  tic, clownisme, convulsion, épileptoïde et paralysie, contracture…

C’est donc à une instabilité, dans le démesure, des symptômes à laquelle tout clinicien se trouve, à chaque fois, à chaque cas, confronté. Comment Freud, rencontrant maître Charcot, va-t-il en être bousculé à un point tel qu’il sera l’inventeur d’une approche renouvelée de l’hystérie, et dans le même mouvement de l’invention de la psychanalyse grâce aux hystériques à qui il faut rendre hommage d’avoir permis cette invention.


[1] Bloch O., Wartburg W. (Von), Article « hystérique », Dictionnaire étymologique de la Langue française, Paris, PUF, [1932] 1996, p.328..

[2] Platon, Timée, 91 C., Paris, Editions Les Belles Lettres.

[3] Foucault M., Histoire de la folie à l’âge classique, [1961] ; Paris, Gallimard , 1972.

[4] Freud S., Charcot [1893], Résultats, idées, problèmes, I, Paris, PUF, 1984, 61-75 .

 

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Femmes en prostitution, une approche psychanalytique

Conférence donnée à l’association « Aux captifs la libération », le 25 mai 2013

Une approche psychanalytique

La prostitution féminine, c’est l’absence d’un amour présent dans le réel. La prostituée n’entre pas, pour elle-même, dans la délicieuse tromperie de l’amour. L’amour, c’est ce qu’elle refuse et pourtant c’est ce dont elle souffre au plus haut point. Mais, il ne doit s’agir que de sexe tarifé, d’un échange marchand. Exit l’ombre même de l’amour. L’amour est un danger mortel. La femme prostituée piège le fantasme de l’homme dans le sien propre,…contre de l’argent. Elle ne se considère comme femme que, parce qu’anatomiquement elle est une femme. En réifiant son corps, elle fait croire qu’il n’y a pas de mur entre l’homme et la femme, qu’une femme, elle en l’occurrence, est devenue accessible, atteignable par un homme, lui, le client. Et que le rapport sexuel, le rapport entre les sexes existe, puisque que le coït est accepté. Qu’il lui suffit, à lui, de payer son prix. Mais où est donc la prostituée en tant que femme,…qui plus est, sujet femme ? Continuer la lecture

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A nouveau mortelle…

Depuis ce brûlot que fut la publication de ce texte, Die Frage der Laienanalyse (1926), – La Question de l’analyse profane -, la psychanalyse, nommée par Freud psychoanalyse dès 1896 comme une discipline scientifique spécifique et autonome, aura mis plus de trois quarts de siècle à se faire publiquement accrocher par sa question sociale et politique, laquelle peut s’énoncer ainsi : << la psychanalyse : pour quoi, pour qui, par qui et comment ?>>. Il faut dire qu’elle n’aura jamais été trop aidé en ce sens par ses psychanalystes mêmes, plus enclins à se déchirer et promouvoir le « narcissisme de la petite différence>> qu’à se rassembler pour mieux se définir.

De cette question, elle ne pourra, sans doute, désormais plus faire l’économie, sinon, ni plus ni moins, au risque de sa disparition. A tout le moins de sa noyade dans le varié marécage des psychothérapies, et son exclusion au titre de sa soi-disante obsolescence du champ de la psychiatrie bio-médicalisée et cognitivo-comportementalisée. Une psychiatrie, qui plus est, dans sa majorité, épouse le DSM V avec la bénédiction des instances officielles de l’Etat.

Oui, la psychanalyse pourrait bien se révéler être une discipline mortelle…

Mais, selon la remarque, tardive, de Lacan, qu’il faut certainement être sacrément mordu par Freud pour entreprendre une analyse et devenir psychanalyste, la psychanalyse, aujourd’hui encore, mord-elle ?

Si oui, sur quoi et qui ? Mais aussi et surtout, à quelles conditions sa morsure risque à nouveau d’entamer demain encore ce monde ?

La psychanalyse est une pratique particulière du transfert qui, chose curieuse, produit des effets. Des effets de sujet. Ce qui n’est pas, comme on peut s’en douter, sans conséquences pour ce monde, lui-même virant déjà par endroits à l’immonde.

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