Rompre le médecin à la relation

Les très significatives réponses des généralistes aux questionnaires réitérés depuis belle lurette, par exemple parmi d’autres, celui, déjà ancien, du « Quotidien du Médecin » (numéro du 7 mars 1995), et les articles nombreux qui régulièrement soulèvent cette question, indiquent l’extrême nécessité, quoi qu’on dise, de rompre le médecin à la relation avec son patient.

Le savoir scientifique et le savoir-faire technique, conditions sine qua non de la compétence médicale, ne suffisent pas plus à faire le médecin, qu’à prendre soin de l’homme souffrant. La formation à la relation médecin-malade-maladie (et non pas seulement médecin-malade) devrait être reconsidérée dans ses exigences spécifiques. Elle n’est pas fondée sur l’intersubjectivité, mais au contraire sur son absence. C’est précisément cette absence et ce qui vient à sa place – tout ce qu’imagine le médecin de « son » malade, et tout ce qu’imagine le malade de « son » médecin -, qui mène le jeu de ladite  « relation ». Cette relation se spécifie d’un lien particulier où le médecin a à se repérer. A quelle place met-il son malade ? A quelle place le malade le met-il et de quelle place lui répond-il ? Pourquoi répond-il ainsi à celui-ci et pas à celui-là à propos d’une même situation pathologique ? A son insu le médecin s’implique subjectivement plus qu’il ne le pense et plus qu’il n’est souvent prêt à l’admettre. Et cela s’appelle le transfert.

C’est cette implication transférentielle qui peut faire l’objet d’un travail de prévention, un travail de repérage en petit groupe. Il permet, à partir de cas personnels apportés et discutés par les participants, sous le sceau du secret, de cerner, de serrer au plus près toutes les dimensions de la question, et ainsi de prendre en compte les effets transférentiels au sein desquels les place leur pratique médicale. Un effet d’enseignement s’en recueille qui bénéficie à chacun dans sa pratique professionnelle, mais aussi dans toute sa vie relationnelle. Quand on veut guérir, il faut aussi prévenir.

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Femmes en prostitution, une approche psychanalytique

Conférence donnée à l’association « Aux captifs la libération », le 25 mai 2013

Une approche psychanalytique

La prostitution féminine, c’est l’absence d’un amour présent dans le réel. La prostituée n’entre pas, pour elle-même, dans la délicieuse tromperie de l’amour. L’amour, c’est ce qu’elle refuse et pourtant c’est ce dont elle souffre au plus haut point. Mais, il ne doit s’agir que de sexe tarifé, d’un échange marchand. Exit l’ombre même de l’amour. L’amour est un danger mortel. La femme prostituée piège le fantasme de l’homme dans le sien propre,…contre de l’argent. Elle ne se considère comme femme que, parce qu’anatomiquement elle est une femme. En réifiant son corps, elle fait croire qu’il n’y a pas de mur entre l’homme et la femme, qu’une femme, elle en l’occurrence, est devenue accessible, atteignable par un homme, lui, le client. Et que le rapport sexuel, le rapport entre les sexes existe, puisque que le coït est accepté. Qu’il lui suffit, à lui, de payer son prix. Mais où est donc la prostituée en tant que femme,…qui plus est, sujet femme ? Continuer la lecture

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A nouveau mortelle…

Depuis ce brûlot que fut la publication de ce texte, Die Frage der Laienanalyse (1926), – La Question de l’analyse profane -, la psychanalyse, nommée par Freud psychoanalyse dès 1896 comme une discipline scientifique spécifique et autonome, aura mis plus de trois quarts de siècle à se faire publiquement accrocher par sa question sociale et politique, laquelle peut s’énoncer ainsi : << la psychanalyse : pour quoi, pour qui, par qui et comment ?>>. Il faut dire qu’elle n’aura jamais été trop aidé en ce sens par ses psychanalystes mêmes, plus enclins à se déchirer et promouvoir le « narcissisme de la petite différence>> qu’à se rassembler pour mieux se définir.

De cette question, elle ne pourra, sans doute, désormais plus faire l’économie, sinon, ni plus ni moins, au risque de sa disparition. A tout le moins de sa noyade dans le varié marécage des psychothérapies, et son exclusion au titre de sa soi-disante obsolescence du champ de la psychiatrie bio-médicalisée et cognitivo-comportementalisée. Une psychiatrie, qui plus est, dans sa majorité, épouse le DSM V avec la bénédiction des instances officielles de l’Etat.

Oui, la psychanalyse pourrait bien se révéler être une discipline mortelle…

Mais, selon la remarque, tardive, de Lacan, qu’il faut certainement être sacrément mordu par Freud pour entreprendre une analyse et devenir psychanalyste, la psychanalyse, aujourd’hui encore, mord-elle ?

Si oui, sur quoi et qui ? Mais aussi et surtout, à quelles conditions sa morsure risque à nouveau d’entamer demain encore ce monde ?

La psychanalyse est une pratique particulière du transfert qui, chose curieuse, produit des effets. Des effets de sujet. Ce qui n’est pas, comme on peut s’en douter, sans conséquences pour ce monde, lui-même virant déjà par endroits à l’immonde.

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« Vive la psychanalyse »

«Vive la psychanalyse !», c’est-à-dire «Que vive la psychanalyse !». C’est un souhait, un wunsch freudien. Continuer la lecture

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La psychanalyse mortelle

La psychanalyse est une discipline mortelle. Elle pourrait disparaître, mourir, sans que beaucoup s’en aperçoivent… C’est une question de transmission. Laquelle prend un relief tout particulier lorsqu’il s’agit de la psychanalyse, et pour autant que celle-ci n’est ni une science physico-mathématique au sens expérimental actuel (« dure »), ou une science dite « humaine » (« molle ») ou encore une médecine, ni une religion, ni une philosophie, ni même une pédagogie ou quelque idéologie. Raisons suffisantes pour la voir nécessairement « mordre » sur ce monde et, au sein même de cet « immonde » pouvoir espérer y rencontrer encore quelques « mordus » par Freud ou par Lacan…

Ils sont l’avenir de la psychanalyse.

 

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La formation du psychanalyste

Il n’y a pas de formation du psychanalyste, à proprement parler. On n’est pas ici à l’école de médecine ou à l’université ou encore dans une école d’ingénieurs. Il y a des formations de l’inconscient, par contre, auxquelles l’analyste doit devenir sensible et familier. C’est son analyse qui l’y prépare. Quand il commence à exercer, quand il passe à la pratique, il doit les avoir toutes repérées, et donc y être rompu.

L’analyse est ainsi, plutôt, une dé-formation qu’une « formation ». Dé-formation de la médecine ou de la psychologie, ou autre encore, de la philosophie ou des sciences dites humaines, de-là d’où provient l’impétrant psychanalyste.

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